Par Jacques Myard


« L émotion nous égare : c’est son seul mérite » Oscar Wilde

La guerre en Ukraine a profondément bouleversé et choqué l’opinion publique européenne et occidentale. Pour les opinions publiques et les gouvernements de l’Union européenne ainsi que des États-Unis, la Russie de Poutine est l’agresseur : agression militaire d’un État, indépendant et membre des Nations-Unies !

C’est là, prima facie, une évidence pour nombre d’observateurs qui estiment que la Russie est sans conteste l’agresseur. Relevons qu’au regard du droit international, cette agression est identique à l’agression américaine contre l’Irak le 20 Mars 2003, n’en déplaise aux oublieux.

Certains experts s’interrogent néanmoins sur les motivations du Kremlin et émettent l’hypothèse  que cette opération militaire serait une guerre préemptive pour prévenir une attaque ukrainienne contre les deux Républiques du Donbass reconnues par Moscou ; le Donbass russophone est régulièrement bombardé par les Ukrainiens : 15.000 morts !   

Guerre préemptive ou non,  peu importe au demeurant, car l’attaque russe est aux yeux du monde une réalité incontestable.  

En conséquence, l’agresseur doit être sanctionné; pour les États européens et nord-américains, la Russie de Poutine est  impardonnable d’avoir recouru à la force en Europe contre un État.

Les États européens et l’UE  se sont alors lancés avec confiance dans une politique de sanctions tous azimuts pour contraindre la Russie de Poutine à cesser son agression ; on a même entendu le  ministre des finances français tonitruer haut et fort le 1er Mars dernier : «  Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe ! » …en attendant Godot …

Et c’est là que commencent les surprises :

–                       

• A la demande de l’Allemagne, le Canada accepte de livrer à Berlin des turbines nécessaires au fonctionnement du gazoduc Nord Steam1, turbines en cours de réparation à Montréal.

Ô surprise, le porte-parole du Département  d’État  Ned Price affirme sans honte que cette livraison va permettre «  à l’Allemagne et d’autres pays européens de reconstituer leurs réserves de gaz, ce qui renforcera leur sécurité et leur résilience énergétiques et contrera les efforts de la Russie pour armer l’énergie » – Si cela n’est pas un superbe oxymore … 

• Avant les déclarations d’Emmanuel Macron dans son entretien à l’Élysée, le 14 juillet, Élisabeth Borne annonce sans rire qu’en raison de l’arrêt de la livraison du gaz,  les Français devront se serrer la ceinture, le gouvernement organisera des délestages et des rationnements, et de surcroît la France devra être solidaire avec ses partenaires européens en leur livrant … du gaz !

C’est l’histoire de l’arroseur arrosé: les sanctions devaient contraindre la Russie de Poutine à cesser le combat, à le mettre à genoux et ce sont les économies française et surtout allemande qui sont directement frappées par les sanctions.

Regardons la réalité en face :

Cette guerre est d’abord une guerre civile russo-ukrainienne, elle a une proto histoire depuis plus d’un siècle, chargée de haines et de rancœurs .   

La Russie, dont l’état d’esprit n’a guère changé depuis l’URSS, ne peut accepter d’avoir pour voisin immédiat un pays qui serait membre de l’OTAN. Or,  les États-Unis ne cachent pas leur volonté depuis le sommet de l’Otan de Bucarest en 2008 de faire adhérer l’Ukraine à l’Alliance,  conformément au processus du MAP, Membership Action Plan.  

A ce titre, le soutien de Washington à l’armée ukrainienne depuis 2014 après les événements de la place Maïdan ne s‘est jamais démenti; à l’évidence Washington est bien l’instigateur de ces événements qui s’apparentent à un coup d’État anti-russe. Moscou l’a parfaitement compris.

Le 10 Novembre 2021 Anthony Blinken, Secrétaire d’État américain et son homologue ukrainien Dmitry Kuleba ont signé la Charte de Partenariat Stratégique entre les États-Unis et l’Ukraine, qui illustre parfaitement les liens militaires et politiques entre les deux pays.

Aujourd’hui la réalité est simple, cette guerre est devenue une guerre américano-russe par proxy des Ukrainiens. Washington a besoin de retrouver une crédibilité après ses échecs en Afghanistan, sans remonter jusqu’à l’envol de l’hélicoptère du toit de l’ambassade américaine à Saigon le 30 Avril 1975.

L’enjeu de la crédibilité américaine s’appelle aujourd’hui Taïwan face à la Chine !

Quel doit être notre politique ?

Sur le plan humanitaire, nous nous devons de continuer à aider les réfugiés ukrainiens comme le font de multiples commune de France. Il n’y a aucune discussion possible sur ce point.

Mais cette guerre n’est pas la nôtre, armer les Ukrainiens est une faute. C’est une illusion de croire que Kiev peut l’emporter, comme le dit le professeur américain  John Mearsheimer, armer Kiev , c’est « encourager l’Ukraine à suivre le chemin des victoires imaginaires » comme il le dit dans sa conférence à Florence du 16 Juin dernier.  

La stratégie américaine a pour effet immédiat de pousser la Russie à se rapprocher de la Chine, dans une alliance de revers contre l’Europe et les États-Unis ; n’oublions pas que la plus grande partie des pays de la planète se désolidarisent de l’Occident, si tant est que ce dernier concept ait une unité politique.

Washington, en désignant la Russie comme l’ennemi parfait, réussit surtout à rassembler tous les pays d’Europe sous la tutelle otanienne, l’Europe est devenue une vassale sous les ordres de l’Oncle Sam, l’OTAN est une machine américaine !

Nous devons changer radicalement de politique. Il ne s’agit pas d’embrasser Poutine sur la bouche, mais nous devons sortir de ces sanctions multilatérales qui ne font qu’accroître les tensions avec le risque avéré de l’escalade, et déstabilisent notre économie !

La France doit retrouver son indépendance, car la Russie fait partie de l’équilibre européen. Il est urgent de le prendre en compte, même si cela heurte nombre de nos partenaires européens. Il n’y a de politique que dans une vision de long terme !

« La politique et la stratégie de la guerre ne sont qu’une perpétuelle concurrence entre le bon sens et l’erreur »  Charles de Gaulle

Il y a urgence à sortir de l’erreur !


Jacques Myard

Jacques Myard, maire de Maisons-Laffitte (Yvelines).
Il fait partie des membres fondateurs de la Droite Populaire, courant situé à l’aile droite de Les Républicains. Président du Cercle Nation et République et Président de l’Académie du Gaullisme.

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3 thoughts on “Ukraine : Politique de l’émotion contre réalités économiques et stratégiques.”
  1. Le réalisme en matière de politique étrangère française n’a jamais été de mise. La France n’avait aucune bonne raison de s’immiscer ainsi dans un conflit qui ne la regardait pas mais Macron, en fidèle toutou de l’Amérique » a été chercher le nonosse en Ukraine.

  2. Merci Jacques MYARD , votre analyse est plus que parfaite , permettez-moi de vous dire que c’est aussi totalement la mienne, en outre, de mes amis aussi , puisque tout est exact et exprimé avec un très « aigu » bon sens, nous avons aimé lire et nous approuvons à 120%, votre excellent article .
    En effet, si de GAULLE était encore présent parmi nous, il ne se serait jamais engagé à devenir le pion armé des Américains , ni même de l’OTAN.
    Mais Macron ne peut pas le comprendre puisqu’il est inféodé à une idéologie mortifère , et vu son caractère inexpérimenté , il risque de nous entraîner dans une guerre qui n’est pas du tout la nôtre.
    Cependant, la FRANCE doit poursuivre son aide humanitaire, mais , en revanche :
     » Ne plus livrer d’armes en Ukraine , afin de ne point « perdre » une guerre future qui tournera à l’avantage de la Russie. »
    Considérant notre situation et notre bilan catastrophique, en presque tous les chapitres , nous n’avons vraiment pas besoin, en plus, d’une « épée de Damoclès » sur nos têtes .
    Macron serait bien inspiré de se « dégager » de ce piège tendu par les Américains , et de « dégager », parce que sur le plan diplomatique , nous avons constaté son incapacité notoire à résoudre ce type de problème ( comme la plupart de tous nos autres multiples soucis, aussi ), notamment, suite à ses moult entretiens auprès de Poutine, et ses tentatives comme Diplomate, force a été de constater que toutes celles-ci se sont révélées vaines , il lui manque la culture générale et l’expérience du terrain.
    En résumé, il lui manque la  » Connaissance » et, il eut été mieux inspiré d’écouter nos Conseillers rompus à ce genre d’exercice, très cultivés en Histoire et en géopolitique, etc., en l’occurrence en confiant cette mission délicate à nos Diplomates des Affaires étrangères (qu’il croit pouvoir licencier ).
    Encore une erreur de trop !

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