Par Georges Michel
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Après le ministère de la Vérité, la présidence des contre-vérités
Il est 19h03, ce lundi 1er décembre, lorsque la présidence de la République française déclare officiellement la guerre aux médias de Bolloré en publiant ce message lapidaire sur X : « Pravda ? Ministère de la Vérité ? Quand parler de lutte contre la désinformation suscite la désinformation… » Une attaque sidérante, brutale. Une contre-attaque frontale après les critiques qu’a suscitées l’idée géniale d’Emmanuel Macron d’une « labellisation » des médias. À l’heure où nous écrivons, ce post élyséen frappé du sceau officiel de la République française capitalise plus de quatre millions de vues. S’il s’agissait de faire réagir, c’est réussi : la presse ne parle que de ça, aujourd’hui, et, dès hier soir, Marc Baudriller l’évoquait dans son éditorial.
Que la vérité, toute la vérité ?
Un message, donc, genre « Alerte enlèvement » : « ATTENTION FAUSSE INFORMATION », sur fond rouge, bien sûr. Histoire de fiche la trouille – un truc éprouvé, en Macronie. Suivi d’un montage assez grossier reprenant des extraits d’émissions – « sortis de leur contexte », comme dirait la remarquable Catherine Vautrin lorsqu’elle défend le discours anxiogène du chef d’état-major des armées – de CNews (Pascal Praud, Philippe de Villiers), de tweets de Bruno Retailleau reprenant la une du JDD ou de Jordan Bardella, sur ce sujet explosif de la « labellisation » des médias. Le tout frappé du tampon rouge « FAUX ». Ce n’est pas le ministère de la Vérité mais, carrément, la présidence de la Vérité dans ses œuvres et ses pompes. Deuxième partie du montage : « Ce qui a vraiment été dit »(par Macron). « Si c’est l’État qui doit vérifier, là, ça devient une dictature. Mais il faut que les journalistes garantissent à leurs lecteurs que eux ont vérifié avec une déontologie, dont ils sont garants entre eux. Je pense que c’est important qu’il y ait une labellisation faite par des professionnels qui puisse dire « Ça, ce sont des gens qui sont sérieux. Et ça, ce ne sont pas des gens qui informent » », déroulait Macron à Arras, la semaine dernière. Fin de la vidéo présidentielle.
Comme par hasard, on n’a pas droit au passage dans lequel Macron cite en exemple l’initiative lancée en 2018 par Reporters sans frontières (RSF) avec la Journalism Trust Initiative. C’est dommage. Un passage qui nous aurait pourtant bien éclairés sur la pensée profonde macronienne. Évidemment que Macron n’a jamais parlé d’organisme d’État. Non, l’idée est sans doute plus subtile, plus maligne, plus perverse. L’idée, c’est sans doute de faire faire le « sale boulot » par d’autres, par des « professionnels ». Mais des « professionnels » acquis à la cause. On vous reparle du parti pris de RSF contre CNews ?
À l’Élysée, c’est la fourche qui a langué !
Et d’ailleurs, Pascal Praud, dans son émission de L’heure des pros du 1er décembre qui a fait bondir le Château, n’a pas dit que Macron voulait créer un organisme d’État de labellisation. Praud a fait un édito. Il a donné sa vision des choses vers quoi cela nous conduirait. Tout comme Villiers fait un édito dans son émission du vendredi soir. Ça s’appelle donner son opinion. Et c’est là que la vidéo de l’Élysée est intellectuellement malhonnête, car elle assimile des propos éditoriaux, relevant de la liberté de la presse, à des faits. C’est particulièrement gravissime. Le lapsus de l’ancien ministre Clara Chappaz, chargé à l’époque de l’intelligence artificielle et du numérique, prend d’ailleurs tout son relief. Souvenez-vous, elle affirma, le 11 janvier 2025, sur France 5, que les Français avaient les « outils qui permettent de s’assurer que les fausses opinions soient sorties des plates-formes numériques ». Après coup, elle avait expliqué que sa « langue avait fourché » et qu’elle voulait, évidemment parler de « fausses informations ». À l’Élysée, c’est la fourche qui a langué !
Mais là où on atteint des sommets de la part de Macron, c’est l’utilisation sans vergogne de la page officielle de la présidence de la République, sur X, c’est-à-dire une excroissance du site officiel de cette même présidence, c’est-à-dire, encore, la voix, la vitrine de la France, notamment dans le monde. Un site où, en principe, chaque Français devrait à peu près se retrouver. Ou, tout du moins, un site – même si l’on ne peut pas être absolument neutre – où l’on prend de la hauteur par rapport aux événements. Mais par ce tweet vengeur, officiel, non signé mais bien « labellisé » par les faisceaux de la République, Macron démontre qu’il n’hésite pas à utiliser les moyens de l’État, donc avec de l’argent public, au profit de sa propre petite guerre contre un groupe de médias privés. Nombreux sont les politiques de droite à le dénoncer, comme le député RN Guillaume Bigot. Un acte gravissime. D’ailleurs, au passage, opinion ou fait, que de dire cela ? Mais, en tout cas – c’est un fait -, c’est un acte rarissime.
Grosse récidive
Rarissime mais pas inédit. Cet été, après que nos confrères de l’Opinion avaient titré « Emmanuel Macron reproche à une partie de la communauté juive d’oublier son universalisme », s’appuyant sur des confidences de sortie de Conseil des ministres, l’Élysée avait publié un démenti avec la une du journal frappée du tampon infamant « FAUX ». l’Opinion avait aussitôt répondu : « Le titre de notre article – qui ne comporte, lui, pas de guillemets – correspond pourtant parfaitement à nos informations. » Et l’Association de la presse présidentielle – ce qui n’est pas rien – était venue au secours du quotidien en contestant ce démenti du Palais : « En détournant les codes du fact-checking, l’Élysée s’en prend directement à la rigueur des journalistes et crée une confusion entre communication politique et information. » Le tweet du 1er décembre est donc une grosse récidive. En août, l’association de journalistes avait conclu par cette phrase : « Démenti ne vaut pas vérité. » On ne peut pas dire mieux. Quoi qu’il en soit, Emmanuel Macron a un sérieux problème avec les médias d’opinion qui ne sont pas d’accord avec la sienne. C’est notre opinion et c’est sans doute un fait…
À ce sujet — [ÉDITO] Liberté d’expression : du Glavlit soviétique au « label » d’Emmanuel Macron

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Boulevard Voltaire

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