Par Ophélie Roque
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Le principe d’un portrait à charge est d’exposer les travers des personnalités publiques dont la profession semble soudainement les obliger à s’entourer de mensonges.
Or, il n’y a jamais eu meilleure réponse à cela que le charivari !
La fête des fous sait qu’elle ne changera rien au monde, elle est uniquement là pour dire « merde ». Merde et « nous ne sommes dupes de rien ». Vous pouvez mentir, tricher, écraser, attaquer, coopter, c’est après tout dans l’ordre de la nature ! Mais cessez de vous dire vertueux et désintéressés.
Le lion qui bouffe la gazelle n’a jamais fait semblant…
Ophélie Roque

Michel-Edouard, Frollo sans charisme
Certaines ambitions naissent dans un prospectus entre une recette de cake aux olives et une réclame pour du papier toilette. Celle de Michel-Édouard Leclerc vient de là. L’icône autoproclamée de la grande distribution nous fait le coup à chaque élection et traîne sa carcasse de commis cauteleux sur tous les plateaux de télévision pour nous dire, avec la voix pateline d’un prélat qui se sait mentir, qu’il n’exclut plus une candidature à l’Élysée. Sa modestie l’empêche de trop s’avancer (c’est qu’il y a en lui une sorte de Frollo sans charisme) et jamais, ô grand jamais ! ce n’est lui qui y songe, ce sont toujours les autres : vous, moi, les distingués chalands de ses nombreux temples. Jusqu’aux dirigeants politiques qui sont éblouis par sa capacité à faire la nique aux prix chers. Car l’inflation, c’est bien connu, s’arrête aux portes des magasins Leclerc. Et puis bien entre nous, la France n’est-elle pas un supermarché comme un autre ? Avant les grandes conquêtes se faisaient à bord de drakkar ou de caravelles, de nos jours l’aventure dépasse rarement la tête de gondole.
Mais pour comprendre Michel-Édouard, il faut commencer par Édouard, jeune séminariste songeant à la prêtrise et, qui, en 1949, eut l’idée saugrenue d’ouvrir une épicerie à Landerneau avec l’idée de court-circuiter les grossistes en achetant directement aux fabricants. On n’y trouve alors que des biscuits mais il faut bien commencer quelque part et le père s’avère être une sorte de franc-tireur de la distribution, un Robin des Bois qui bafoue les privilèges des grossistes pour redistribuer quelques centimes aux consommateurs. A l’époque, les grandes surfaces à l’américaine sont encore bien loin. L’objectif original était de faire du social et longtemps il s’accrocha à l’échoppe avant de céder et d’opter pour des allées sans fin entre néon et avarice. Si les Rednecks aux Etats-Unis ont su se faire au maniement du caddie, il n’y a aucune raison pour que les rustauds « bien de chez nous » ne s’y fassent pas.
Michel-Édouard, lui, est né en 1952 (soit trois ans après le premier supermarché, ce qui fait de lui un cadet). Formé aux plus grandes écoles, il reprend les rênes que son père lui tend : -Sois fort mon fils, la France a besoin de haricots à prix cassés -Je ne vous décevrai pas père, la mère patrie ne manquera ni de salsifis ni de Banania -Et les salades ? -Les salades aussi !
Sans compter qu’en plus de nous en vendre, le père comme le fils aiment à embarquer le consommateur dans leurs obsessions. Prenons le lobby pharmaceutique -entendez par là le monopole des petites officines de village- pour eux il reste inconcevable que le client ne puisse acheter ses médicaments entre un chaource vieilli et une laitue. Plus de quarante ans que le fils s’échine à nous faire partager sa cause à grands renforts de campagnes publicitaires, d’ailleurs avec lui tout y passe et tout se vend : voyages, assurances, banque, téléphonie mobile, optique, bijouterie…
Soyons francs, ces bas-prix existent parce qu’on veut bien détourner le regard de la sueur qui goutte des étiquettes. Il a bien fallu arracher à quelqu’un ce « prix négocié » et bien souvent la ristourne se fait sur le dos des plus pauvres et précaires. En véritables forçats de la glèbe, les agriculteurs sont traînés chaque année à l’autel des négociations comme des bêtes qu’on mène à l’abattoir. Ils y sont sommés de vendre leurs récoltes à un prix inférieur à ce qu’elle leur ont coûté. Que dire d’Eurelec (centrale d’achat européenne de Leclerc) qui s’éloigne de la France comme le voleur fuit la lanterne du guet ? Tout ça pour contourner la Loi EGalim censée garantir un prix juste aux agriculteurs. D’ailleurs, en février 2026, la Répression des fraudes inflige à la centrale une amende de 33 millions d’euros venant sanctionner 70 manquements ! Pénalités faisant suite à l’amende record de 38 millions d’euros obtenue en 2024 pour des motifs strictement similaires.
Plus que quiconque, il dit savoir à quel point les fins de mois sont difficiles ! Tu m’étonnes, ma pomme ! Le métier d’hôte de caisse fait partie des plus mal payés, le minimum conventionnel y est si proche du SMIC que, depuis sa revalorisation de juin 2026, il est passé sous le seuil légal. Sans évoquer le fait que ce sont souvent des temps partiels avec plannings fragmentés. Au rayon des surgelés personne ne vous entend crier. Mais comme Michel-Edouard écoule sans mal ses lots de camembert, il a l’impression que, fébrile, le monde l’attend ! Et puis, un sondage affirme que 40% des Français seraient prêts à voter pour lui au premier tour. Qu’il ne s’y trompe pas, cela en dit moins sur lui que sur l’extrême lassitude que nous inspirent nos politiques. A ce compte-là même une taupe dépasserait les 40% d’intentions de vote si elle disait se présenter.

Ophélie Roque
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Image de couverture par JIMBO457

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