Par Ophélie Roque
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Bruno Retailleau ou la complainte de la musaraigne casquée
Il y a de ces naissances qui ne peuvent appartenir au seul hasard ! La preuve, Bruno naît en 1960 à Cholet, dans la vallée des Mauges, non loin du site qui deviendra plus tard le Puy du Fou. Si ce n’est pas là une belle entrée en matière ! On l’imagine jeune homme, lanternant entre deux futaies et certain qu’en cherchant bien il finira par retrouver les os et les nippes d’anciens Chouans enfouis à la va-vite sous les haies. Bref, les soirs où la nuit s’accroupit pour son tour de garde, il flaire un peu les tombeaux à la recherche des gloires passées. Il y a en lui quelque chose du croque-mort ou du clerc qui a trop longtemps baigné dans l’encens des chapelles froides. Recueillement que l’on devine parfois traversé par des caprices de vieille douairière.
A seize ans, le jeune Bruno se fait page et rejoint la charretée de bénévoles du Puy du Fou. Il y rencontre le seigneur des lieux et, tout de suite, Philippe de Villiers décèle chez l’adolescent quelque chose à mi-chemin entre l’amour et le fanatisme. C’est le début d’un ménage qui durera plus de vingt ans et qui se dénouera de manière tragique en 2009. Mais nous y reviendrons plus tard, pourquoi s’acharner à vouloir séparer ce qui est encore lié ?
Retailleau gravit les échelons tant et si bien que, fin 1980, Philippe de Villiers lui confie la présidence du parc avant de l’inciter (en parallèle) à déposer rapières et autres coupe-choux en mousse et à faire ses armes, les vraies, dans l’arène politique. C’est donc sous son patronage qu’il entre en politique. Valet lancé sur les traces de son maître, il devient secrétaire général du Mouvement pour la France. Il rejette l’union européenne telle qu’elle est et préfère songer avec nostalgie à ce fédéralisme informel des temps anciens, là où les limites encore floues d’un territoire se devinaient à l’influence du suzerain et aux différences de perception dans la taille et la gabelle. L’Europe, pour lui, a des airs de rond-point, de zones franches et d’agriculture sacrifiée.
En 1994, Philippe part siéger au Parlement européen et c’est tout naturellement que Bruno lui succède dans son rôle de député de la Vendée. À seulement trente-quatre ans (ressenti soixante), la souris grise fait son entrée à l’Assemblée nationale et s’assied au côté des conservateurs surpris d’avoir pour héraut une musaraigne casquée. Parallèlement à son mandat, Retailleau continue à s’occuper de ses ouailles vendéennes et, en 2004, devient sénateur avant de succéder à Philippe (encore lui) à la présidence du conseil général de la Vendée. Il se bat alors pour l’autonomisation des territoires, si la France n’est pas réformable que le département, au moins, le soit !
Puis vient 2009, année de toutes les trahisons. Pressenti pour entrer dans le gouvernement Fillon, Retailleau apprend que Villiers s’y oppose. Pour l’ancien écuyer ce refus est un peu fort de café ! Lui si fidèle et tout dévoué ! La situation déjà branlante (il y a de l’eau dans le gaz pour reprendre l’argot des concierges) se craquèle définitivement quand Retailleau se voit exclu de la direction du Puy du Fou. Une rupture politique s’ensuit, notre valeureuse musaraigne n’hésite plus et rejoint l’UMP. Ça y est, Bruno vogue désormais en solo, le navire portant haut les couleurs de sa seule personne. Dans la foulée, il accède à la présidence du groupe Les Républicains et, pendant une décennie, dirige le premier groupe de la chambre haute. Qui l’eût dit ? Sauf que l’envol fut de brève durée puisqu’il s’engage en 2022 aux côtés de Valérie Pécresse, on a connu choix plus judicieux ! Madame presque 5% n’atteint pas le second tour et traînera après elle l’agonie du parti. Mais dans ce marasme des victoires perdues, un espoir s’offre à Bruno qui succède alors à Darmanin au ministère de l’Intérieur ! Miracle s’il en est ! Le voici quasi au sommet ! Il en profite et multiplie les déclarations contre l’immigration incontrôlée et menace à plusieurs reprises la pieuvre narcotrafic. Comme la reine d’Alice au pays des merveilles, il hurle par-dessus les haies du labyrinthe : « qu’on lui coupe la tête » ! Mais il se fait véritablement connaître du grand public par le bras-de-fer diplomatique entamé avec l’Algérie. Pour la première fois de sa vie peut-être, Bruno apparaît comme l’homme fort. Et à peu de frais encore ! puisque rien ne dépasse les petits arrangements du Verbe. Mais, dans le cœur des électeurs, une étincelle naît. Aurait-on enfin trouvé notre homme ? Et tant pis si au physique il ressemble bien plus à un notaire qu’à un guerrier. Progressivement désavoué par un gouvernement qui ne le suit pas, il aurait dû sentir qu’il n’avait plus rien à gagner dans l’aventure ministérielle et quitter la scène sur une sortie pleine de panache. « Ah ! Vous ne me soutenez pas ?! En ce cas, je vous quitte et… tchao Pantin ».
Las, il manque le coche, décide de rester pour finalement démissionner quelques semaines plus tard dans ce qui ressemble assez, il faut bien le dire, à une bouderie de courtisan. Apprenant que Lemaire (qu’il exècre) est sur les rangs pour devenir ministre des Armées, Retailleau se fâche et claque la porte…tout en prenant soin de préciser que son parti ne bascule pas pour autant dans l’opposition. Plouf, le vaisseau du corsaire vient de s’échouer sur les brisants du compromis. Il ne s’en remettra jamais vraiment. Au fond, l’Algérie a tué Retailleau, il s’y est ensablé et les gens qui l’ont vu se noyer dans les sables se sont dit qu’il pouvait être bon de trouver prophète ailleurs.

Ophélie Roque
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Image de couverture par Julien Tromeur de Pixabay


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