Thierry Breton, melon de taille cosmique

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Et un nouveau portrait qui vaut le détour !

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Je confesse volontiers que certaines annonces sont fort proches de l’acte de jouissance. Ah, de grâce ! Que Bayrou nous vende Thierry Breton en direct à la télévision, c’est trop ! Je défaille, toute haletante, chancelante ! Quoi ? Le bourreau de Béthune adoube pareil triste sire et, à aucun moment, un pictogramme n’est là pour nous avertir que pareille performance est réservée à un public averti ?

D’abord c’est bien simple, Thierry on l’aborde la tête basse, l’âme un peu torve et la larme à l’œil, écrasé par tant de splendeur. Il est l’égal de l’Everest ou de l’Aconcagua, plus haut c’est le soleil ! D’ailleurs il le sait qu’il nous subjugue tous, infâmes vermisseaux que nous sommes (surtout vous). Et en vérité, je vous le dis, c’est à plat ventre et le nez dans la boue qu’il nous faudrait vénérer -tout transis, rampants- ce baronnet contrefait, tout raide et pas souple pour un sou. D’ailleurs ce n’est même pas le mocassin qu’il nous faut lécher mais l’empreinte laissée dans le sable par ce dernier. Du moins c’est ainsi que cela devrait être selon lui tant son melon est de taille cosmique ! À lui seul il fait se déplacer le centre de gravité de notre voie lactée.

Surtout que Breton est un véritable prestidigitateur, il cumule à foison les tours de passe-passe et autres montages financiers opaques. Qui, à part un magicien, peut successivement servir l’État, devenir directeur général d’une entreprise du CAC 40, basculer commissaire européen et servir son propre intérêt sans que les trois premiers ne soient toujours, en définitive, les dupes du dernier ? Car il n’est point de vice, chez les grands, qui ne prenne le nom de vertu pourvu qu’on le pratique avec assez d’aplomb et d’aisance.

En 2005, Chirac faiblissait déjà puisqu’il le nomme ministre de l’Économie et des Finances. Il y restera deux ans, c’est peu mais ça laisse le temps de se pencher un peu sérieusement sur qui seront les heureux bénéficiaires des prochains marchés publics (notamment l’exploitation des radars automatiques). Un an seulement après avoir quitté Bercy, le voilà PDG d’Atos, société notamment spécialisée dans la sécurité routière et qui avait eu un accès, disons privilégié, au juteux business des radars). Le hasard fait parfois bien les choses. Enfin, le hasard… Anticor juge la coïncidence suffisamment trouble pour porter plainte, évoquant une « prise illégale d’intérêts » et un « délit de favoritisme ». La plainte, du reste, n’aboutit point… comme il convient que n’aboutissent jamais les inculpations dirigées contre ceux qui pratiquent l’art de la porte à double battant. Ne reste alors plus que l’ombre portée du doute et un constat : sa carrière entre public et privé est bâtie autour d’heureuses alternances qui interrogent plus qu’elles ne rassurent. Mais passons…

Durant les onze prochaines années, il régnera donc en maître sur Atos alors leader incontesté du numérique européen. Une décennie passée à bourrer, rachat après rachat, la piñata. La capitalisation triple, que dis-je, quadruple. Sauf qu’à partir de 2019 la baudruche trop hâtivement gonflée pète mais de ceci il n’en a cure puisqu’il part avec la dot de l’ épousée, laissant derrière lui la promise en pleurs et en plan. Il empoche 40 millions d’euros sur la seule revente de ses titres et bénéficie d’une pension supplémentaire de 14 millions versée sur plusieurs années comme un tribut différé à sa propre gloire. Las, l’empire qu’il jurait « sans dette » s’effondre sous quatre milliards de dépréciations, les compagnies achetées à prix d’or sous son règne se révélant, à l’examen, valoir bien moins que prévu. Bref, les pierres précieuses n’étaient que noix creuses. La valorisation boursière du groupe est divisée par dix et la compagnie se trouve aux ultimes limites du précipice, quelques centimètres encore et c’est la bérézina, le suicide renouvelé des lemmings. Les créanciers sonnent à la porte, une fois, deux fois, trois fois et-de guerre lasse- finissent par passer par la fenêtre. Débute alors la grande débandade, six directeurs se succèdent en trois ans pour tenter de sauver ce qui reste d’un groupe autrefois considéré comme le fleuron français des supercalculateurs et de la cyber sécurité. Pas gêné, Breton s’exonère de toute responsabilité et brandit de lointains bilans pour rappeler qu’il y avait, selon lui, « zéro dette » à son départ. C’est oublier un peu vite que la stratégie de croissance effrénée qu’il a lui-même orchestrée (acquisitions massives financées dans la précipitation) est précisément ce qui a produit les actifs surévalués que ses successeurs ont dû déprécier quelques années plus tard. Après moi le chaos !

Arrivé à la Commission européenne en 2019, Thierry Breton se construit une réputation de bretteur face aux plateformes américaines. Le point culminant (qui sera aussi de rupture) survient le 12 août 2024 lorsqu’il adresse à Elon Musk (quelques heures seulement avant la diffusion d’un entretien entre lui et Donald Trump) une lettre publique menaçant X de sanctions au titre du Digital Services Act. Autrement dit, il engage la Commission européenne dans un bras de fer diplomatique et juridique avec l’homme le plus riche du monde, en pleine campagne présidentielle américaine, de sa seule initiative et sans même en référer à Ursula von Der Layen qui sera « quécho » s’il en est. Fissa, celle-ci le désavoue publiquement et les propres équipes de Breton retropédalent en coulisses afin de limiter au mieux les dégâts. Lui qui aimait à se présenter comme l’un des seuls garants d’une régulation numérique respectueuse du droit se met à parler de « contenu préjudiciable » sans jamais définir avec précision ce qu’il entend par là. Des dizaines d’organisations de défense des libertés civiles l’accusent de dérive autoritaire et de vouloir faire du DSA un instrument de censure extraterritoriale. Le Congrès américain s’en mêle et lui envoie des mises en demeure répétées.

Vexé que tout le monde soit contre lui, Breton n’a pas le temps de réagir qu’il est poussé vers la sortie. Epistolier décidément enragé, il publie (sur X !) une lettre où il accuse Ursula von der Leyen d’avoir exigé son éviction pour des « raisons personnelles » et n’hésite plus à dénoncer ce qui lui parait être une « gouvernance douteuse ». Après tout peut-être devrions nous le croire tant il est passé maître en l’exercice. Il joint à son post la photo d’un tableau blanc en guise de « portrait officiel » du remplaçant. Pour l’humour, on repassera.

Pour conclure, si nous sommes reconnaissants à François Bayrou de ne pas se représenter pour 2027, on aurait toutefois aimé qu’il ne tente pas de nous refourguer un poulain si mal bâti.

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Ophélie Roque

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  1. Avatar de Paul Santoni

    L'administration écrase l'être humain sans aucun remord.

  2. Avatar de Brigitte Van Peel

    Vous avez raison de le signaler : dans notre société, le pouvoir, de gauche, &crase l'individu et il préfère les…

  3. Avatar de Serge Moreau
  4. Avatar de Jean-Luc Saviem

    Ce qui est grave ce sont toutes ces officines étatiques en doublon, en triple voir même en quadruple qui coûtent…

  5. Avatar de Margueritte
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