Par Ophélie Roque
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Et un nouveau portrait qui vaut le détour !
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Quelle posture d’insolent pistolero ! 🤠🤣

Portrait d’Attal en pied
Il est certains hommes qui s’élèvent comme d’autres tombent sans que l’on sache jamais si c’est le ciel qui les aspire ou l’abîme qui les attire. Gabriel Attal est de ceux-là.
Pour celui qui s’envisage archange en devenir, tout doit aller vite, très vite. À treize ans, il endosse la livrée sylvestre et chasse le vieux Le Pen des rues de Paris ; à dix-sept ans, il vire au rose et prend la carte socialiste ; à vingt-sept, il l’abandonne ; à vingt-huit, il devient député; à vingt-neuf, secrétaire d’État; à trente et un, porte-parole d’un gouvernement alors aux prises avec une peste biblique (le Covid faisant office de cinquième fléau). Puis les ministères se succèdent comme les stations, toujours nouvelles, d’un chemin de croix à rebours : Comptes publics, Éducation nationale — quand, le 9 janvier 2024, à trente-quatre ans, il devient le plus jeune Premier ministre que la République ait daigné porter à ses sommets. On pourra toujours arguer que Bonaparte fit son coup d’État a trente ans mais à époques dissemblables, hommes distincts. Ceci dit gravir n’est pas régner et l’on n’est pas roi pour avoir traversé un palais en courant. Surtout que survint bientôt la dissolution. Huit mois seulement et le voilà, déjà, rejeté sur le rivage. Que les Parques lui sont cruelles ! Comment surmonter pareille injustice ?
Surtout qu’il a tout fait pour ne jamais -ô combien jamais !- s’éloigner de la norme. Européen puisque l’exige sa caste, il sait parfois se montrer ferme sur l’école, la laïcité ou la délinquance – à condition que tout dans les sondages viennent confirmer cette tendance. Buveur d’éther, il a tendance à mollir une fois laissé seul au gouvernail. Un petit coup de barre à droite, un autre à gauche et hop ! revoilà le navire bien sagement revenu au centre. Rien n’a bougé ni ne bougera jamais.
Gabriel a l’hygiénisme rassurant des barquettes surgelées et l’ arrogance un peu niaise des gens qui se croient arrivés. Trop à l’aise avec son temps, il aime à se laisser glisser dans le tambour lessivé des rêves. Tout, en lui, est baigné dans la gaze des demi-évidences. Il doit regretter ,vaguement, le temps où la politique se faisait en robe de chambre sur fond de mousselines et de petits meubles tout en rococo et pastel.
On lui devine par ailleurs de ces sortes d’amour revolver qui passent et s’effacent avant de lui revenir comme des évidences. Enfant égoïste, il ne voit en autrui qu’un prolongement non essentiel de lui-même, quelque chose à mi-distance de l’utile et du périssable. S’allier à Attal c’est vouloir s’amarrer aux nuages. Atteindre une République diaphane ou Marianne -jamais- n’aurait sur elle les stigmates de la vulgarité ou du populisme. C’est bien mal connaître l’intrinsèque épaisseur « bonhomme » de l’icône, on n’est pas Mère de tout un peuple avec des mamelles vides.
Personnage tout en creux, le vide de notre époque résonne en lui. Sans même s’en douter, il est le produit d’appel d’un marketing politique aux abois. C’est l’homme nouveau, celui des ambitions hâtives et de la réputation éclose avant les œuvres. Sa pénétration ne dépasse guère le périmètre de ses ambitions, plus le gênerait, moins serait gênant. Il faut qu’il plaise et corresponde aux canons des grandes enseignes, de nos jours la politique se fait en barquette.
Et pourtant, quelque chose dans sa jeunesse fanée, semble lui attirer l’outillage servile d’une cour en formation. Certains le regardent comme ils contempleraient les vitrines trop éclairées devant lesquelles on s’arrête moins par désir que par habitude. Gabriel est moins un homme qu’une surface de contact entre une époque et son propre reflet. Rien qui ne dépasse, ne heurte, ne choque mais rien non plus qui ne s’y grave et demeure. Il appartient à cette génération d’êtres régentés par leur image avant même que d’avoir été gouvernés par leurs idées. Au fond, est-ce sa faute s’il fut élevé dans le coton tiède des consensus ? Alors demeure ce visage jeune et pourtant toujours un peu courroucé comme s’il était surpris d’avoir déjà tant vécu sans jamais avoir réellement combattu.

Ophélie Roque
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Image de couverture par Geralt :


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