Les pillards et casseurs du 17 octobre ne manquent pas de soutiens…

Par Victoire Riquetti

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Relativisme historique, excuses misérabilistes et justifications idéologiques : on justifie les violences du 17 octobre.

Les images des émeutes et des pillages de samedi soir dernier auraient dû indigner la France entière, la faire se lever comme un seul homme pour dénoncer ces violences mais, en réalité, c’est loin d’être le cas. Aveuglement idéologique, relativisme naïf ou mauvaise foi provocatrice, quoi qu’il en soit, pour certains, la violence des pillards et des casseurs du 17 octobre était soit justifiée, soit légitime, soit nécessaire.

Excuse historique et paravent littéraire

Fallait-il voir un signe prémonitoire dans la publication Instagram du 12 octobre d’Audrey Pulvar, adjointe au maire de Paris Emmanuel Grégoire ? Cette dernière avait, en effet, publié une citation d’Aimé Césaire qui résonne, aujourd’hui, d’une façon bien particulière : « Je ne connais qu’une France. Celle de la Révolution. Celle de Toussaint Louverture. Tant pis pour la cathédrale gothique. » Il faut dire que le leitmotiv historique est revenu bien souvent, dans les explications oiseuses servies par la gauche aux émeutes de samedi dernier. Analogies avec Mai 68 ou encore avec 1789 et la prise de la Bastille : la violence se justifierait parce qu’une promenade de fin de semaine, même quand on l’appelle manifestation, n’aurait jamais suffi à changer le monde. Sur Instagram fleurissent ainsi les comparaisons et les parallèles, au mieux anachroniques, au pire tout à fait fallacieux, entre la Révolution et les pillages du 17 octobre : certains trouvent même le moyen d’en faire des sketchs pseudo-humoristiques, d’autres jouent les fins lettrés en reprenant des citations de Victor Hugo qu’ils jugent fort à propos. « Il est de l’essence de l’émeute révolutionnaire, qu’il ne faut pas confondre avec les autres sortes d’émeutes, d’avoir presque toujours tort dans la forme et raison dans le fond. » Ou encore : « Le plus excellent symbole du peuple, c’est le pavé. On marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête », publie, ainsi, le média Diversification, dans une sorte de relativisme historico-poétique.

À ce sujet — 1.500 commerces dévalisés : pillages ou razzias ?

Au nom du collectif et de la furie idéologique

La fin justifierait ou excuserait-elle, au moins, les moyens ? C’est ce que semble prêcher Bettina Zourli, professeur en sociologie du genre, autrice et créatrice de contenus féministes sur Instagram. Devant les caméras de Brut, elle soutenait à une Parisienne, affligée par le saccage de sa ville, que « le militantisme pacifiste ne marche pas » en s’appuyant sur l’exemple de Nelson Mandela qui « a appelé à prendre les armes ». À la jeune femme qui ne comprend pas comment la sociologue peut justifier la violence physique comme réponse à la violence institutionnelle, elle répond que les immeubles privés brûlés, « c’est la propriété privée, c’est pas grave », et que les menaces de viol qu’elle a subies devant son nourrisson de la part des émeutiers qu’elle tentait de calmer, ça n’était qu’« un dommage collatéral ». Devant le tollé que cette dernière sortie a provoqué, Bettina Zourli s’est expliquée, invoquant une « maladresse » dans ses propos, mais qu’elle « reste en revanche alignée avec certains points : le sabotage matériel, les dégradations font partie de la lutte. Une révolution citoyenne a besoin de ce que Andreas Malm nomme son « flanc radical ». Quand les suffragettes posaient des bombes, quand les communistes de la Seconde Guerre mondiale organisaient une guérilla et des sabotages, quand les Palestinien.nes sabotaient des pipelines en 1936, il s’agit de RESISTANCE, et non de CASSEURS. »

Victimisation et misérabilisme

Quand ce n’est pas le but qui justifie la violence, c’est le contexte. Ainsi, dans une tribune publiée dans Libération, l’écrivain Édouard Louis joue, lui, la carte du misérabilisme et de la déculpabilisation, comme si certains n’avaient pas le choix de saccager et de piller. Il veut vous faire comprendre que malgré l’empathie pour les commerçants volés, il faut voir « qu’il ne s’agit pas d’une question de décisions individuelles de casser et de détruire, mais d’un conditionnement social qui pousse à agir de telle ou telle manière […] » De toute façon, c’est bien simple, si vous vous indignez des pillages, c’est que vous êtes privilégiés, expliquent certains. Si « vous critiquez les « casseurs » ou les gens qui pillent : vous vous êtes demandé pourquoi vous, vous ne cassez pas, pourquoi vous, vous ne pillez pas ? », interroge, sur son fil Instagram, Léa Lou Tomasi, qui se fait fort d’« informer pour lutter contre l’extrême droite ». La réponse vous semble évidente ? À elle aussi, mais vous ne serez sans doute pas d’accord. « Parce que vous n’en avez pas besoin. Si vous étiez dans la même situation que celles et ceux qui cassent et pillent, vous feriez pareil », assène l’influenceuse, qui explique qu’en effet, « la distinction de soi VS l’autre qui serait « non civilisé », qui serait un « sauvage », c’est un discours raciste, colonialiste », que dénoncer ces pillages, c’est « ignor[er] complètement les dynamiques systémiques pour se concentrer sur l’individuel ».

Autrement dit, la révolution vaut bien un saccage ? « Saccager l’opulent 8e arrondissement, cœur du luxe et du capitalisme, dans un pays où le taux de pauvreté explose, c’est la foutue moindre des choses », écrivait Nicolas Framont, dans un tweet qui a été supprimé depuis. Le sociologue, ancien conseiller de La France insoumise, explique simplement qu’« on ne peut pas dire régulièrement « il faut que ça pète » et, quand ça pète, trouver que ça ne pille pas les bonnes boutiques, crame les bons bâtiments. Quand ça pète, ça pète. » D’ailleurs, « le « flop » annoncé n’a pas du tout eu lieu : partout en France, et notamment dans les petites villes, c’est bien la détermination et la révolte qui l’emportent partout malgré une intense répression. Ce n’est qu’un début. » Voilà qui promet, à défaut de lendemains qui chantent, de nombreux Grands Soirs…

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