Rififi à Rio

Au Brésil aussi ce n’est pas triste.

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Rififi à Rio 

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Par Alain Brosse

Marina Silva, la Seringueira de Brasilia

13 août 2014, crash d’un Cessna 560 XL au-dessus du littoral de l’Etat de Sao Paulo. A bord, Eduardo Campos, candidat à la Présidence de la République, investi par le Parti Socialiste Brésilien (Partido Socialista Brasileiro). Accompagné par son équipe de campagne. Aucun survivant. Le PSB doit improviser car le scrutin présidentiel se tiendra les 5 et 26 octobre 2014.

Eduardo Campos, 49 ans, incarnait une alternative aux deux principaux partis qui dirigent le Brésil depuis vingt ans : Le Parti de la social-démocratie (PSDB) du sénateur de l’Etat de Minas Gérais, Aecio Neves et le Parti des travailleurs (PT) de la présidente sortante Dilma Roussef. Toutefois, les chances du PSB restaient minces : Feu Edouardo Campos recueillait seulement 8% des intentions de vote.

Après la tragédie, le PSB choisit une candidate atypique : L’écologiste Marina Silva, la Seringuera, sénatrice de l’Etat d’Acre. Cette candidature improvisée fonctionne immédiatement. Cinglant désaveu pour les communicants qui mettent la politique en équation. Rapidement, Marina passe de 8 à 28 % dans les sondages, tandis que Dima Roussef, présidente sortante, plafonne à 36%.

Un second tour sera nécessaire. Dans ce cas, l’Institut MDA donne 45.5% à Mme Silva contre 42.7 à Mme Roussef. Bref, la « Nouvelle politique », proposée par Marina Silva, séduit. Ainsi, Marina tient sa revanche, car, en 2010, au second tour, elle refusa de soutenir Dilma Roussef face à José Serra. Aussi, le hasard n’arrive jamais par hasard, dixit Prévert.

A 56 ans, Marina Da Silva Vaz Lima, métisse d’Amazonie, incarne l’espoir, pour de nombreux Brésiliens. En effet, le pays, malgré ses progrès économiques, connait toujours la corruption des institutions, la violence et des inégalités très marquées. Face à ces problèmes endémiques, l’émancipation personnelle de Marina Silva est un exemple prouvant, à tous, que la réussite est possible.

En effet, Marina est la fille d’un modeste seringueiro, récolteur de caoutchouc, qui survit dans l’Etat d’Acre, en Amazonie, vers les frontières du Pérou et de la Bolivie. Famille nombreuse. Onze frères et sœurs. Trois d’entre eux sont décédés. Emportés par les maladies équatoriales. La mère de Marina meurt alors que la future candidate n’a que 14 ans. Deux ans plus tard, épuisé par le labeur, le père décède à son tour. Marina est orpheline à 16 ans, mais elle force le destin en s’installant à Rio Banco, capitale de l’Etat d’Acre. Là-bas, Marina rejoint la Congrégation des esclaves de Marie. Elle se fait domestique pour financer ses études. Les religieuses la soutiennent. Marina obtient un diplôme en Histoire, à l’Université fédérale d’Acre. Elle est passionnée par l’écologie. Elle milite avec Chico Mendes, syndicaliste, défenseur des ouvriers du caoutchouc, assassiné, en 1988, sur ordre d’un propriétaire terrien. Marina adhère au Parti des travailleurs de l’ex président Lula. Elle devient la première sénatrice Seringueira du Brésil, sous le gouvernement Lula, puis ministre de l’Environnement, de 2003 à 2008.

Au ministère, Marina Silva lutte contre la déforestation. Elle impose la création de zones immenses, sanctuarisées, pour protéger les populations indigènes. De fait, l’IBAMA, Institut Brasileiro do meio ambiente e dos recursos naturais renováveis, constate un ralentissement de la déforestation : Moins 48 % de 2003 à 2008. Progrès maintenus, de 2008 à 2013. En outre, les forces de sécurité mèneront plus de 300 opérations pour arrêter les coupeurs de bois clandestins et démanteler 1500 entreprises illicites dans un pays où 80 % de la production de bois est illégale. De surcroit, la Seringueira combat les barrages hydroélectriques, les agro-carburants et les cultures génétiquement modifiées.

Bien entendu, les lobbies s’unissent pour briser Marina Silva. Le patronat lui reproche sa réticence à délivrer des permis d’exploitation des milieux naturels. En outre, Marina soutient le chef Raoni qui lutte contre la construction du barrage hydraulique de Belo Monte, élément majeur du PAC, le programme de croissance, lancé en 2002 par Lula. Finalement, en 2008, Marina Silva démissionne. En 2009, elle quitte le Parti des Travailleurs. Elle adhère au petit parti vert brésilien, dirigé par José Luiz de Franca Penna.

Dès 2010, Marina Silva est candidate à la Présidence de la République, sous couleur écologiste. Au premier tour, elle termine troisième, avec 20 millions de voix, 20% des exprimés. Un score honorable. Cependant, le parti vert manque d’ambition. Marina s’en va, en 2011, pour créer son propre mouvement : Le Réseau Durable. Echec. Impossible, faute de moyens suffisants, de participer au scrutin présidentiel d’octobre 2014. A défaut, Marina Silva soutient Edouardo Campos, candidat du PSB. Mi-août 2014, Campos décède brutalement. Le destin rebat les cartes. Désormais, la Seringuera fait la course en tête, avec pour soutien, l’équipe nationale allemande de football qui a humilié le Brésil, sur son sol, 1-7, début juillet 2014. Un cauchemar sportif qui plombe la candidature Roussef.

Marina ou Dilma, duel féminin radical et tranché. L’une est catholique. L’autre évangélique. L’une est néo-libérale. L’autre moins.

Au plan religieux, le Brésil est massivement catholique, mais l’Eglise évangéliste progresse : +61 % en dix ans, 42 millions de fidèles. Aussi, le critère du culte jouera peu. Tout dépendra des autres enjeux.

Pour les questions sociales, Marina Silva est écologiste, néo-libérale, mais opposée à l’avortement et à la légalisation du cannabis. Toutefois, elle promet un référendum pour trancher ces questions. Elle refuse le mariage homosexuel tout en acceptant l’union civile. Pour sa part, Dilma Roussef tolère l’avortement si la grossesse menace la santé de la mère. Elle valide le mariage homosexuel et la légalisation du cannabis.

Au plan économique, Marina soutient l’école néo-libérale américaine. Dilma est plus réticente. Elle refuse l’indépendance de la Banque centrale. Elle écarte toute diminution de l’exploitation du pétrole offshore alors que Marina l’écologiste exige un contingentement, tout en proposant la sortie du MERCOSUR, le marché commun de l’Amérique du Sud, troisième zone mondiale de libre-échange, après l’ALENA et l’UE. La Seringuera préfère des accords bilatéraux avec chaque pays, y compris les Etats-Unis. Position inacceptable pour Dilma Roussef qui anime le BRIC et le mouvement contre la suprématie monétaire du dollar.

Pour l’heure, Dilma Roussef patine : Echec sportif lors du Mondial de football, scandale Petrobras, avec l’implication de M. Paulo Roberto Costa, ex- dirigeant de l’entreprise pétrolière publique. Certes, la présidente s’attribue certains progrès sociaux, mais la population les juge trop lents, trop limités. De plus, les 11 milliards de dollars dépensés pour le Mondial 2014, ne passent pas, en raison de la corruption notoire qui entoure les marchés publics. Le souvenir des émeutes de juin 2013 et mars 2014 reste présent. Enfin, la « pacification des favelas » fut brutale. Elle alimente le courroux de certains.

Dans ce contexte de tensions sociales, avec une classe politique disqualifiée par les scandales de corruptions, Marina Silva émerge. Les jeunes manifestants de 2013 et 2014 l’apprécient. Marina a quitté en 2008 le gouvernement Lula. Par la grande porte. Son image est intacte. De plus, son parti Rede Sustentabilidade, “réseau soutenable ”, n’est pas une structure politique traditionnelle.

Ainsi, tout est réuni pour permettre à la Seringuera de « régner » sur Brasilia.

Alain Brosse 

Président du Nouveau Siècle, plus connu sous le nom de GENTIL BOULEDOGUE.

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