La dictature des polémiques et l’anéantissement du politique


L’actualité politique française est écrasée par le mot « fainéants »

TRIBUNE

La dictature des polémiques et l’anéantissement du politique

Par Maxime Tandonnet

L’actualité politique française est écrasée par le mot « fainéants » que le chef de l’Etat a prononcé, le 8 septembre à Athènes, à propos des mouvements sociaux. Hormis la tragédie de Saint Martin, plus rien d’autre n’existe dans la vie politique et médiatique depuis quatre jours. Comment en arrive-t-on à ce qu’un mot, d’usage assez courant, et bien entendu isolé de son contexte, puisse ainsi s’imposer comme l’événement fondamental de la vie intérieure d’un pays ?
La gauche se réconcilie à la faveur de cette parole. Les extrêmes, droite et gauche, jubilent : l’occasion était trop belle ! Les syndicats se mobilisent. Les médias et la presse se déchaînent, ne parlent que de l’événement, les réseaux sociaux s’embrasent. Les qualificatifs ne manquent pas : « dérapage », « mépris », « insulte envers les Français », etc. L’Elysée persiste et signe. Et la polémique s’enflamme. Certes, ce n’est pas la première fois qu’une parole présidentielle provoque un tollé. Qui a oublié le «pauvre con » ou les « sans dents » ? L’ampleur du scandale est pourtant révélatrice du naufrage de la vie politique et médiatique française dans la médiocrité.
Tout d’abord, il exprime à merveille la banalisation du culte de la personnalité –positif ou négatif. La vie politique et médiatique, dans le régime actuel, n’existe plus qu’à travers les faits, les gestes et les paroles d’un visage, une image, un reflet médiatique : le président de la République. Cette fixation mentale se traduit par un mouvement de pendule entre idolâtrie et lynchage. La vie politico-médiatique, transformée en grand spectacle de téléréalité, n’est plus qu’un jeu d’adoration ou de haine envers un personnage, son héros et anti-héros. Le président est désormais naturellement à la fois emblème et bouc émissaire national. A l’émerveillement de l’élection de mai 2017 succède aujourd’hui la disgrâce et la chasse à l’homme. Monstrueuse illusion : comme si dans le monde moderne et son infinie complexité, le sort collectif pouvait dépendre d’un seul homme…
La réflexion, le débat d’idées, la préparation d’un destin commun, c’est-à-dire politique au sens noble du terme, ont disparu corps et biens. Il n’en reste que des poussières. Tout n’est plus qu’invectives, insultes, provocations, petites phrases méchantes, scandales, trahisons, postures mégalomanes, frime et coups médiatiques. Les sujets de fond sont broyés dans la grande hystérie politico-médiatique qui submerge la France. Oui, le pays a besoin, non seulement de réformes, mais d’une profonde transformation. Il traverse une crise titanesque : l’école, les banlieues, la sécurité, le maîtrise des frontières, la liberté d’entreprise, la dette publique, le poids de la fiscalité, etc. Qui parle encore de ces sujets de fond ?
Dans l’aveuglement, l’indifférence, l’incompréhension, la res publica, la chose publique, est moribonde. La décomposition politique, loin d’avoir atteint un seuil en mai-juin 2017, donne le sentiment de s’accélérer. Jamais la crise de confiance entre les Français et leur classe dirigeante n’avait été aussi profonde. 89% des Français estiment que les politiques ne s’intéressent pas à ce que « pensent les gens comme eux » (CEVIPOF). Cette fracture ne peut que s’aggraver dans l’avenir. Le Parlement, qui devrait être le creuset de la démocratie, du débat de société, de la représentation nationale, le vivier des futurs responsables politiques, a quasiment disparu du spectre national ; tandis que le Gouvernement ne cesse de se fondre dans l’ombre élyséenne. Les partis poursuivent leur mouvement de désintégration. Que reste-t-il du PS et des LR en dehors des affrontements d’ambition? Or, rien de crédible n’est venu les remplacer ni se substituer à eux.
Voilà à quoi servent les gigantesques polémiques stériles qui se déclenchent autour d’un mot : cacher le mouvement qui emporte la politique française dans l’impuissance et le néant. Le fond du problème tient à la crise concomitante de l’intelligence politique et des hommes d’Etat. La réflexion de fond, l’idée même de gouvernement et de volonté générale ont été anéanties. Dans sa remarquable biographie de Philippe Séguin (Perrin, 2017), M. Arnaud Teyssier dévoile les coulisses du grand démantèlement de la politique française qui survient dans les années 1990. Il révèle comment un homme d’Etat – le dernier selon lui – fasciné par le destin de la France, se trouve broyé par le carriérisme narcissique et la médiocrité envahissante. Aujourd’hui, nous ne voyons pas l’issue de cette crise.

Maxime Tandonnet

max tAncien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d’histoire…

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6 commentaires

  1. Nous devons aux politiques qui ont tout accepter sous le prétexte fallacieux de ne pas déplaire notre situation catastrophique. Le reste n’est que baratin.

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  2. et j’ai oublié à mon commentaire, il y a tant à dire , Monsieur Tandonnet vous parlez des mots et la polémique , mais les actes de ce Président , c’est pas mal non plus : comme celui d’opposer les victimes entre elles, qui est une méthode inspirée des pires stratégies managériales d’entreprise : la manoeuvre qui consiste à neutraliser la protestation des retraités en les accusant de ne pas être solidaires des actifs : celle là je crois qu’on ne nous l’avait jamais faite ! un dirigeant de chez Rotchild avait bien dit que leur travail consistait aussi à apprendre la manipulation;
    Nous y sommes, car comment peut on essayer de culpabiliser des retraités dont on nous dit AUJOURD HUI même, SUR rtl qu’un sur deux va au SECOURS CATHOLIQUE ! quand à ceux qui ont mieux gagné leur vie et bien tant mieux, ils n’ont pas travaillé 35 h ! Joelle Goron invitée sur un plateau disait que c’était normal, que la vie était plus facile avant ! qu’a fait cette dame sinon d’être invitée sur des plateaux ? je pose réellement la question ! et sinon que la vie soit ce qu’elle est , c’est à dire abjecte, décidée par des politiques gâtés comme les députés européens qui décident de lois criminelles pour le peuple , ( ce que je disais plus haut ) , ( H.Désir : qui est il ? ) , c’est à dire sa mort ! c’est plutôt cette notion que Mme Goron devrait évoquer ! NOUS AIDONS nos enfants et petits enfants, financièrement ! et je vielle à ne pas être à la charge de la société en gérant mon propre argent , fruit de mon travail! que les retraités soient mis à contribution par un impôt pour le reverser à ces associations subventionnées et à des étrangers en situation d’illégalité , c’est fort , très fort !!

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    1. et j’ai encore oublié que les retraités sont déjà mis à contribution puisque les pensions de retraite sont gelées depuis 3 ans ! si ça , ce n’est pas de la contribution ! et personne ne lui répond à ce jeune qui n’a pas encore travaillé toute une vie !! quelle honte , c’est facile de vouloir montrer à ces jeunes que les retraités sont la cause (en quelque sorte) alors que ce sont uniquement les décisions politiques , dont Macron a pris une grande part , – car il n’est pas là depuis 4 mois , – qui sont responsable ! mais bien sûr les jeunes ne connaissant pas l’histoire, comme Mr Macron d’ailleurs , c’est facile !

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  3. oui les mots ont du poids et dépassent le débat d’idées : à qui la faute ? le mot fainéant comme d’autres prononcés par ce Président, sont à mes yeux, le fond de sa pensée comme n’importe quel mot qui serait prononcé par le quidam, c’est connu tout de même! et encore une fois qui l’oblige à les prononcer ? un Président devrait être au dessus de cela, et j’avais entendu qu’il ne parlerait jamais de la France, à l’étranger ! c’est une idée qui m’avait plu ! et patatras , il le fait ! avec un point de non retour, pour moi et pour d’autres : crime contre l’humanité en Algérie, etc Nous les citoyens , qu’avons nous à voir dans tout cela ? est ce le peuple qui a prit des décisions ? NON , ce sont les politiques, mais ce sont bien les citoyens qui vont récolter le fruit de cette phrase criminelle ! on ne lui demande rien sinon de prendre des décisions pour sauver la France !
    Par aiIleurs il est victime de ce par quoi il a péché : il s’est servi de la presse pour être élu ! pas avec un programme, celui là même dont vous parlez, qui devrait régir la France ! je crois à des éléments de spiritualité, qui me font dire que quand on est mal élu, tout le quinquénat sera à cette image ! boomrang! les médias sont juste à la manoeuvre et continue de le montrer !
    Quand au Parlement, oui l’idée était bonne de faire rentrer des personnes du civil ! cela a ses limites car on sait qu’elles sont assujéties à ce gouvernement, beau coup politique et surtout que, un certain nombre ne savent pas se tenir : un député qui agresse un chauffeur de taxi , et d’autres , cela fait désordre ! alors du coup l’image des politiques est encore écornée..
    Si il n’y avait que cela : une loi de « moralisation  » vient d’être promulguée, complètement incomplète à bien des égards quand on sait que depuis peu une loi prise en catimini permet aux députés de toucher des sommes substantielles même si ils ne sont plus élus , alors que ceux qui ont perdu leur travail ( licenciement ) devraient ne plus être indemnisés au delà d’une certaine limite !
    L’ Etat ne peut pas tout , dit Mr Macron ! alors pourquoi fait on rentrer des étrangers sans travail qui sont nourris , blanchis, pourquoi des sans papiers restent sur le territoire, alors que l’on demande à des français qui travaillent de faire des efforts ! les associations subventionnées qui en vivent ! c’est le monde à l’envers ! Les français ont ils choisis la Directive des travailleurs détachés, qui a permis depuis 20 ans la fermeture d’une multitude d’entreprises française ? Mr Macron veut y revenir ; cela me fait bien rire ! les autres pays européens qui sont avantagés, ne le veulent pas ! Mr Macron ne le savait pas ? voilà l’Europe !
    Alors Monsieur Tandonnet il y a l’apparence des mots, il y a aussi le pragmatisme et surtout on a oublié que certains français ne sont pas idiots !

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  4. Malheureusement une seule phrase peut définir la république:  » la France en déroute »… et mon sentiment est simple les français se couche sur de simples mots, surtout pour un jeune président (sans enfants, sans famille, et qui déteste les français…). Sans être pessimiste encore que…l’avenir s’assombrit ! Voilà Macron , président de la république française, insouciant , inconscient qui se ballade en Grèce, se permettant d’insulter les français, pendant que des gens sont dans le désespoir le plus total à St Martin ou ailleurs après le passage de l’ouragan Irma . (un français sur deux l’applaudit !). Vous avez dit Honte ? le mot honte n’a plus de signification, ou bien le mot est trop faible.
    Le premier ministre de Macron, hué et sifflé par des Français mécontents. Une centaine de personnes a manifesté son mécontentement des mesures prises par le gouvernement. Le Premier ministre, proche d’Alain Juppé, accompagné de François Bayrou, maire de la ville, ex-ministre démissionnaire de son gouvernement, le patron du MoDem ont été fraîchement accueillis par des opposants rassemblés à l’entrée de la foire annuelle de Pau.
    Hip ,hip, hip HOURRA.
    « La France insoumise et la France en Marche ne s’opposent pas : elles avancent au contraire main dans la main. »
    Michel Geoffroy

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