Par Marc Baudriller
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Liberté d’expression : du Glavlit soviétique au « label » d’Emmanuel Macron
[ÉDITO]
L’Élysée a franchi un stade inédit, dans la propagande officielle : l’attaque frontale de plusieurs médias d’opposition accusés de diffuser des « fake news ». Toute critique au fameux « label » macroniste expose donc nos médias aux foudres présidentielles, même si le pouvoir se concentre dans l’étrange vidéo diffusée le 1er décembre sur les réseaux sociaux sur certains médias, les médias du groupe Bolloré à l’exclusion des autres, pourtant parfois très critiques. Cette communication officielle restera dans les annales :
À ce sujet — La participation de BV refusée par les États généraux de l’information
Bien sûr, avant même ce message surréaliste, la députée européenne Nathalie Loiseau s’était précipitée au secours de la croisade anti-liberté d’expression d’Emmanuel Macron. Il faut dire que la déclaration présidentielle prononcée le mercredi 26 novembre à Arras – « On va donc tout faire pour que soit mis en place un label » de l’information – provoque une indignation croissante et largement partagée, bien résumée par le maire LR de Cannes : David Lisnard évoque « une dérive liberticide ». « Nous devons isoler les dingues qui veulent réduire la démocratie », s’emporte, de son côté, l’écrivain et emblème des Gueux, Alexandre Jardin. Bardella et bien d’autres ont été dans le même sens.
Les attaques surgissant de toutes parts, il faut défendre l’indéfendable. Et c’est donc Loiseau qui monte au feu. Ce 30 novembre, la macroniste en chef au Parlement européen s’est surpassée : « Ce n’est pas au politique de décider quels sont les bons et les mauvais sites d’information, plaide-t-elle, sur X, une main sur le cœur, reprenant les propos d’Emmanuel Macron. C’est aux journalistes eux-mêmes de mettre au point un indice de qualité et de fiabilité, et aux plates-formes de rendre l’information de qualité plus visible. »
Pour cette tâche ingrate, la Macronie a donc trouvé Reporter sans frontières (RSF) et sa Journalism Trust Initiative (JTI). Cela n’a rien d’une lubie soudaine. En 2024, les fameux États généraux de l’information ont « consolidé » cette proposition, rappelait Macron, la semaine dernière.
Dérive néo-soviétique
Le monde macroniste est bien fait… Les États généraux de l’information ? : « En toute transparence et dans le cadre d’un processus ouvert et contradictoire, les États généraux devront associer toutes les parties prenantes ainsi que les citoyens », clamaient ses organisateurs. Moyennant quoi, cette offensive anti-Bolloré et anti médias d’opposition a été menée toutes portes et fenêtres fermées… La candidature de BV, posée sans illusions mais non sans arguments, avait ainsi reçu cette réponse lapidaire : « Après un examen attentif par le comité de pilotage et par les présidents des groupes de travail, elle [votre candidature] n’a pas été retenue. » On voulait « savoir comment ont été constitués les comités de pilotage, qui en fait partie et quels sont les critères précis de sélection. Je ne puis croire que le choix des participants à ces travaux soit effectué de manière subjective », insistions-nous. Cette question légitime est restée sans réponse, à ce jour…
Le contrôle de l’information a une longue histoire, en France. De la Révolution à la loi de 1880 et de 1880 à nos jours. À gauche, il est de bon ton de se gausser du ministre de l’Information Alain Peyrefitte, qui s’enquérait des titres du JT du soir à l’ORTF. La gauche a fait mieux, depuis. Mathieu Bock-Côté l’explique fort bien, cette semaine, dans un passionnant entretien avec Gabrielle Cluzel.
Pour l’intellectuel québécois, qui publie Les Deux Occidents. De la contre-révolution trumpiste à la dérive néosoviétique de l’Europe occidentale (Presses de la cité), « une Europe occidentale, effrayée par la possibilité d’une contamination trumpiste, connaît une forme de dérive néo-soviétique. Un Occident post-occidental progressiste diversitaire, néo-socialiste quelquefois, se construit en Europe occidentale et dit : ¡No pasarán! Le trumpisme, le populisme, le conservatisme ne passeront pas. »
Les parallèles historiques ne se recoupent jamais totalement, mais ils donnent à réfléchir. En l’occurrence, les initiatives macroniennes ne contreviennent pas seulement à l’article 11 de la Constitution sur « la libre communication des pensées et des opinions », à la loi de 1880 sur la liberté de la presse et aux lois européennes. Elles rappellent irrésistiblement les initiatives… soviétiques qu’on avait cru disparues d’Europe en 1990.
L’incarnation et le symbole de cette censure en URSS est le Glavlit, l’organisme soviétique chargé de contrôler, de 1922 à 1990, toutes les publications. La Revue des études slaves a publié en 2001, sous la plume de Catherine Depretto, une étude savante (La Censure à la période soviétique (1917-1953)) qui résonne étonnamment, dans la France de 2025.
Retour au Glavlit soviétique ?
La censure soviétique s’exerce alors via l’autocensure du rédacteur qui connaît les limites de l’exercice, explique l’auteur. Via le fameux Glavlit qui coupe et réprime sans ménagement tout écart par rapport à la ligne du pouvoir. Et via des organes de sécurité et des organes politiques : Comité central, Bureau politique, secrétaires chargés de l’idéologie, etc. À ce dispositif à la fois hermétique et diffus « s’ajoutent le rôle de l’Union des écrivains (à partir de 1934) et celui des autres organes exerçant aussi des fonctions de censure (Politotdel du Gosizdat, Glavpolitprosvet, censure militaire, etc.) ». Pas de procédure claire ni de répartition des tâches : « Les procédures d’interdiction sont souvent difficilement lisibles : elles semblent chaotiques, imprévisibles, donnant plus l’impression d’une cacophonie bureaucratique que d’une action parfaitement maîtrisée », écrit Catherine Depretto. Difficile de ne pas trouver des ressemblances troublantes dans l’information sous surveillance voulue par Macron et dans le rôle de RSF.
Il faut laisser le dernier mot à Alexandre Soljenitsyne : « L’Occident, qui ne possède pas de censure, opère pourtant une sélection pointilleuse en séparant les idées à la mode de celles qui ne le sont pas – et bien que ces dernières ne tombent sous le coup d’aucune interdiction, elles ne peuvent s’exprimer vraiment ni dans la presse périodique, ni par le livre, ni par l’enseignement universitaire », écrivait-il, dans Le Déclin du courage, son fameux discours à l’université de Harvard du 8 juin 1978. Désormais, elles s’expriment timidement, provoquant le retour d’une forme de censure. À l’évidence, Soljenitsyne reconnaîtrait chez nous des reflets de l’univers qu’il avait dénoncé. Bienvenue dans l’UE de von der Leyen et la France d’Emmanuel Macron !

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Boulevard Voltaire

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