Par Arnaud Florac
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Comme d’habitude, l’institution judiciaire plaidera le manque de moyens.
Disparition de Lyhanna : l’écrasante responsabilité de la Justice française
[POINT DE VUE]
A l’heure où ces lignes sont écrites, un corps a été retrouvé près du dernier lieu où la petite Lyhanna à été vue en vie. (NDLR : et malheureusement c’est bien le corps de Lyhanna).
Les vêtements sont « similaires » à ceux que la fillette portait. À ce propos, d’un point de vue sémantique, vous avez remarqué que les médias parlent, désormais, de « jeune fille » voire, dans certaines affaires similaires, de « jeune femme » pour qualifier des demoiselles qui sont en sixième ?
On n’est pas sûr – présomption d’innocence oblige – que Jérôme B., le principal suspect, soit l’auteur de sa disparition, puisqu’il continue de nier en bloc. Cependant, un faisceau d’indices concordants pointe la terrible, l’écrasante responsabilité de l’appareil judiciaire français… et son incurie totale.
Problème de communication entre Toulouse et… Auch
Le principal suspect, ce fameux Jérôme B., avait été licencié en 2020 d’un lycée où il était agent d’entretien, en raison d’une « relation inappropriée » avec une lycéenne. « Inappropriée » veut sans doute dire « consentante », mais sacrément problématique, tout de même, on en conviendra. C’est d’ailleurs ce qu’a dû se dire la mère d’une autre lycéenne, qui a déposé une main courante parce que sa fille, âgée de dix-sept ans, avait une relation avec le suspect. C’était en 2017. Du fait de la majorité sexuelle de la jeune fille (qui est à quinze ans pour les femmes), l’affaire a été classée sans suite en 2018.
En 2022, une autre maman a déposé plainte contre Jérôme B., pour des faits commis en 2020, cette fois sur une fillette de dix ans. Rien n’ayant permis d’étayer les déclarations de la fillette, l’affaire a été classée sans suite en 2024. En revanche, en août 2025, une autre plainte a été déposée contre le même homme pour une autre affaire de viol. Et cette fois, les examens médicaux permettent de constater des lésions vaginales et anales sur une petite fille, de dix ans également. L’affaire est immonde, les preuves sont là, mais l’administration n’a pas dit son dernier mot : la plainte a été déposée en Haute-Garonne mais l’affaire a eu lieu dans le Gers. Alors, il faut transmettre le dossier, bien sûr. Toulouse n’est pas loin d’Auch, mais les délais ont suffi pour qu’au moment de la disparition de Lyhanna, Jérôme B. n’ait toujours pas été entendu ni placé en garde à vue. Enfin, on apprend qu’une autre plainte avait été déposée par un père de famille, pas plus tard qu’hier, pour des attouchements inappropriés.
Va-t-on assister à une remise en question ?
Voilà. Voilà où on en est. Combien de cas semblables aurait-on pu éviter si le suspect, qui est toujours présumé innocent, avait été arrêté à la première occurrence ? La Justice française va-t-elle concevoir de cet enchaînement dramatique, de cet empilement d’incompétences, une quelconque culpabilité ? Va-t-on assister à une remise en question, tardive mais bienvenue ? Allons, vous n’y pensez pas.
Comme d’habitude, la Justice française racontera sans doute qu’elle manque de moyens, que tout ça n’est pas facile, qu’il faut de l’argent. Et le ministère de la Justice dira qu’il faut construire davantage de places de prison et que, dans le doute, on va libérer des prisonniers. Personne ne s’intéresse vraiment, dans la classe politique, au destin de Lyhanna.
La réalité, c’est que si Jérôme B. avait été arrêté lors de sa première infraction à caractère sexuel, on ne serait pas en train de se demander s’il a une responsabilité dans la disparition de la petite fille. Si un juge s’était dit qu’il y avait urgence à poursuivre un homme qui était déjà suspecté d’avoir violé une fille de dix ans, Lyhanna serait peut-être tout simplement allée à l’école, ce matin-là. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Et la responsabilité du pouvoir judiciaire – qui ferait bien de ne pas utiliser, avec une honteuse obscénité, l’argument de l’argent – est terrible.

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Boulevard Voltaire

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