Par Frédéric Sirgant
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Tout faire pour empêcher l’alternance et nuire au Rassemblement national, bien sûr !
Pour finir en beauté, Macron penserait à une dissolution avant la présidentielle !
On le sait, un Président en fin de mandat a une préoccupation : montrer qu’il préside jusqu’au bout, malgré l’échéance qui le frappe d’impuissance. Chez Emmanuel Macron, cela se dit : rester le « maître des horloges ». Mais, dans son cas, il y a une seconde obsession : tout faire pour empêcher une alternance sous l’égide du RN. Et pour cela, tous les verrouillages institutionnels sont bons, tous les projets de loi sur le contrôle des réseaux sociaux. S’il y a un sujet sur lequel il n’aura pas manqué d’énergie, c’est bien celui-ci. Et voilà qu’une indiscrétion du Figaro nous apprend que le Président songerait à un coup ultime, juste avant la présidentielle : une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale ! Rien que ça ! Quoi qu’il en soit de la réalité du projet (et l’entourage du président de la République « dément clairement » cette hypothèse auprès de BFM TV, ce samedi 20 juin), le seul fait qu’il l’ait envisagé en dit long sur la déconnexion de ces gens.
« Ça peut tous nous sauver ! »
Pour un Président qui avait présenté sa folle idée de dissoudre en 2024 comme une « grenade dégoupillée » lancée dans les jambes de ses adversaires, ce bégaiement paraît complètement insensé. Et pourtant, ils y auraient pensé. Cette dissolution serait d’abord une dernière affirmation de pouvoir de la part d’un Président démonétisé depuis la précédente. Réussie, elle effacerait l’humiliation. Ensuite, elle contraindrait le nouveau Président élu dès le début de son mandat. Ne serait-ce que par l’impossibilité de dissoudre pendant un an, quelle que soit la couleur du Président et de l’Assemblée. Mais bien sûr, l’idée serait d’influer sur les deux scrutins, présidentielle et législatives. En dramatisant, en poussant au barrage républicain au bénéfice du bloc centriste. On peut imaginer que l’idée serait vendue, avec une super promo du type : alignement des quatre tours, rationalisation, économies, etc. En effet, selon la source citée par Le Figaro, l’hypothèse ne serait « pas totalement folle d’un point de vue constitutionnel » car « les deux scrutins – la présidentielle et les législatives – seraient organisés en même temps, sur deux semaines : les premiers tours en même temps, puis les seconds tours le même jour » et « le Conseil constitutionnel ne pourrait rien dire, d’autant qu’il est totalement à la botte de Macron » : ça, on le savait.
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Il serait toutefois difficile, sans modifier la loi, de faire coïncider parfaitement les quatre tours, puisque le délai entre les deux est de deux semaines pour la présidentielle et d’une seule pour les législatives. L’hypothèse n’est pas totalement farfelue, non plus, sur le plan politique : un député cité prétend que cela « mettrait tout le monde sous pression, en tentant un dernier coup tactique pour empêcher le RN d’arriver au pouvoir ». Mais cela mettrait surtout sous pression les élus macronistes, qui doivent fortement douter et qui seraient ainsi appelés à faire campagne pour le candidat à l’Élysée s’ils veulent leur propre réélection. Tel est le calcul qui peut en effet mobiliser les troupes et pousser aux alliances : « Ça peut tous nous sauver ! », comme ils disent. Et pour la présidentielle, cela pourrait avoir un effet rassembleur et marginaliser Glucksmann et Retailleau au profit du candidat centriste.
Une idée folle et dangereuse constitutionnellement
Dans cette Macronie en folie, un peu de lucidité, tout de même : « Moi, je pense au contraire que si Emmanuel Macron faisait ça, confie un député interrogé par Le Figaro, non seulement un Président RN serait élu, mais en plus, il aurait la majorité absolue. » On ne voit pas pourquoi ce tripatouillage institutionnel bis n’aboutirait pas aux mêmes conséquences : nette victoire en voix et en sièges du RN à l’Assemblée sans l’effet barragiste Attal-Mélenchon, discrédité depuis 2024. La manipulation et l’incompréhension qu’elle susciterait se retournerait contre son promoteur, déjà très impopulaire, et jetterait de l’huile sur le feu des rancœurs et des colères : le bébé Macron candidat, qu’il soit Attal, Philippe ou X, en subirait les conséquences à ses dépens.
Mais, surtout, cet ultime accroc aux institutions de la part de Macron créerait un grave précédent, marquant une rupture avec la tradition républicaine. Aucun Président en fin de mandat, depuis de Gaulle, n’a eu la prétention, l’orgueil de verrouiller la suite, de lier les mains de son successeur, d’imposer ses vues au peuple souverain. En tout cas, pas à ce point. Dans un pays que Macron a lui-même rendu hautement inflammable, l’annonce d’une nouvelle dissolution plongerait la France dans une véritable crise de régime.

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Boulevard Voltaire

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