Par Jacques Guillemain
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McKinsey-Alstom : le double piège inexorable qui guette Macron après 2027
Emmanuel Macron verra son immunité présidentielle expirer définitivement en juin 2027, un mois après avoir quitté l’Élysée. Dès cet instant, la justice pourra l’entendre librement sur deux dossiers majeurs qui ont marqué ses mandats : l’affaire McKinsey et l’affaire Alstom. Ces deux dossiers judiciaires sont la parfaite illustration du pouvoir jupitérien exercé par Macron depuis 2017, un mélange d’ego démesuré et de mépris souverain. Il est clair que notre Président s’estime au dessus des lois, tel un Roi Soleil moderne.
L’affaire McKinsey
La justice soupçonne des liens illicites et des renvois d’ascenseur entre Emmanuel Macron et le cabinet de conseil américain. Les juges orientent leurs recherches sur un éventuel financement illégal de ses campagnes de 2017 et 2022, ainsi que sur un possible favoritisme en retour, comme des contrats de conseil surfacturés ou injustifiés accordés à McKinsey après 2017.
Les trois principaux plaignants sont le Sénat, à l’origine d’une enquête parlementaire qui a mis à jour le scandale, l’ONG anti-corruption Sherpa, qui s’est constituée partie civile dans l’enquête pour favoritisme et détournement de fonds publics et le PNF qui s’est saisi du dossier en 2022.
Que sait-on ? Des perquisitions massives ont ciblé le siège de McKinsey à Paris ainsi que les locaux du parti Renaissance. 65 millions d’euros ont été saisis sur les comptes de McKinsey par la justice pour solder le volet de fraude fiscale de la firme. Du côté des avocats de Macron, on tente la prescription des faits de 2017, tout en rappelant que Macron ne gérait pas lui-même la comptabilité…
Si la responsabilité personnelle du Président est retenue, il encourt des peines de prison et des amendes pour financement illégal de campagne et pour favoritisme et recel.
L’affaire Alstom
Il s’agit de la vente en 2014 de la branche « Énergie » de notre fleuron industriel Alstom à l’américain General Electric, alors que Macron était ministre de l’Économie.
Les soupçons portent sur d’éventuelles rétrocommissions versées à des intermédiaires, dont certains auraient pu financer le lancement du parti En Marche en 2016. Il lui est reproché en outre d’avoir bradé les turbines nucléaires Arabelle, qui équipent nos centrales et sous-marins, que l’État a dû racheter à prix d’or à GE.
Les trois principaux plaignants sont l’association Anticor, qui s’est constituée partie civile dans l’information judiciaire pour demander des comptes sur le rôle précis de Macron. Olivier Marleix (ex-député LR, décédé en 2025) : il est l’auteur du signalement initial au procureur en 2019, après avoir dirigé une commission d’enquête parlementaire. Ses accusations de “pacte de corruption” ont été gravées dans son livre posthume publié fin 2025. Enfin les syndicats d’Alstom à Belfort, qui attaquent GE et l’État pour le pillage industriel du site.
Que sait-on ? Une information judiciaire est ouverte au PNF pour corruption et blanchiment. Le fiasco industriel est avéré. Non seulement GE n’a jamais tenu sa promesse de créer 1000 emplois, mais, il a supprimé des postes. La France a finalisé le rachat des turbines Arabelle, à prix d’or, pour réparer l’erreur stratégique de 2014. Quant à Macron, il maintient que la vente était la seule option pour éviter la faillite d’Alstom, alors asphyxié par une amende de 800 millions de dollars de la justice américaine, pour corruption.
Dans ce dossier, les peines encourues sont très lourdes. S’il est démontré que Macron a retiré un avantage quelconque de cette vente, il risque jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 1 million d’euros d’amende pour corruption passive, ainsi que 5 à 10 ans pour détournement de fonds publics / recel. Les juges en décideront.
Depuis les précédents de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, le mythe de l’impunité présidentielle a vécu.
Dès la fin de l’immunité qu’accorde le statut présidentiel, la justice reprend son cours. En 2011, Chirac a été condamné à 2 ans de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Quant à Sarkozy, jugé pour les affaires Pygmalion et Bismuth, il est le premier ex-président à avoir été condamné à de la prison ferme.
Dans quelques mois Emmanuel Macron redeviendra par conséquent un citoyen justiciable comme les autres. Il ne tirera pas seulement un trait sur dix ans de pouvoir absolu, il abandonnera aussi son armure constitutionnelle. Le répit judiciaire accordé par ses deux mandats s’achèvera et Macron devra rendre des comptes comme ses prédécesseurs, en attendant le verdict des juges. C’est un retour au réel pour ce Président « monarque » jugé arrogant, distant et méprisant. Ce passage du statut de dirigeant intouchable à celui de modeste justiciable sonne comme le rappel qu’en République, nul n’échappe indéfiniment aux règles communes. Pour Macron, le long parcours vers la vérité judiciaire ne fait que commencer.
Jacques Guillemain
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