Macron ou la France qu’on oublie


« La droite ne doit plus être une version plus lente de la gauche »


Point de vue

Macron ou la France qu’on oublie

Par François Xavier Bellamy

L’éloge exalté du multiculturalisme par Emmanuel Macron et le soutien apporté par François Bayrou à ses déclarations sur la culture sont très préoccupants, explique le professeur de philosophie.
Le 26 février, François Bayrou déclarait au cours d’une émission: «Il y a une culture française, et j’en suis le défenseur.» Le 2 avril, devant les caméras, volte-face: «La culture française n’existe pas.» Il aura suffi d’un mois, et d’un ralliement, pour ce nouveau reniement: avec de tels «défenseurs», la France a de quoi s’inquiéter… Sur le fond, un tel déni de réalité laisse incrédule. Comment M. Bayrou, agrégé de lettres, peut-il choisir d’ignorer à ce point ce qui fait la France? Un tel propos peut bien se donner une façade savante, il est pourtant démenti par les faits, et par tous ceux qui hors de France ne peuvent même pas comprendre un tel débat. Car le monde entier sait qu’il y a une culture française ; il n’y a que nous pour le nier!
«Macron ne fait que rajeunir la voix qui porte le même discours démoralisant, un discours tellement vieux au fond qu’il ne voit plus d’avenir pour la France que dans son euthanasie»
Notre pays est toujours la première destination touristique au monde, et ce n’est pas grâce à Orly et au RER B. Si 83 millions de visiteurs étrangers sont venus l’an passé en France, en dépit de nos infrastructures vieillissantes, de l’insécurité et de la menace terroriste, c’est parce que la France est pour eux d’abord un patrimoine, une architecture, des œuvres d’art, un art de vivre – bref, une culture, qui vaut qu’on traverse la planète pour venir s’émerveiller. Il n’y a que M. Macron pour dire sans plaisanter: «L’art français, je ne l’ai jamais vu.» Ingratitude des héritiers qui refusent leur propre héritage…
Ce cas d’aveuglement volontaire ne doit pas prêter à sourire: il est le symptôme d’un déni très profond, dont les conséquences sont graves, qui se font sentir depuis plusieurs décennies déjà. Rien de nouveau en effet dans cette dépression française ; et M. Macron ne fait que rajeunir la voix qui porte le même discours démoralisant, un discours tellement vieux au fond qu’il ne voit plus d’avenir pour la France que dans son euthanasie. N’être plus qu’un hub où l’on entre et sort de façon indifférente, jusqu’à ce multiculturalisme dont le discours de Marseille a constitué une sorte d’éloge halluciné, en ne définissant plus les Français que comme une juxtaposition de communautés définies par leurs origines extérieures.
Disparition des nations
C’est au nom de ce projet que M. Macron devait dire et répéter qu’il n’y a pas de culture française. Non pas parce que c’est vrai, mais parce qu’il le faut, au nom de l’accueil de l’autre, de la diversité sans différences, de la mondialisation heureuse – bref, au nom du progrès. Rien de nouveau finalement dans cet espoir apolitique d’une disparition des nations: En marche! est l’aboutissement de la fascination postmoderne pour l’universelle mobilité d’un monde sans frontières, et c’est tout logiquement que M. Macron nous demande nos voix pour diriger un pays dont il dit qu’il n’existe pas.
«Pour s’ouvrir vers l’extérieur encore faut-il avoir une intériorité ; pour accueillir encore faut-il demeurer et pour partager avec l’autre avoir quelque chose à offrir»
Mais ce déni de soi, pavé de bonnes intentions, est fondé sur un contresens tragique. Pour s’ouvrir vers l’extérieur encore faut-il avoir une intériorité ; pour accueillir encore faut-il demeurer et pour partager avec l’autre avoir quelque chose à offrir. On ne peut que mettre en danger l’unité d’une société quand on en retire ce qui peut fonder le commun. Or la culture est le seul bien qui puisse être infiniment partagé sans que personne n’en soit lésé: et c’est cet héritage commun qu’une parole politique irresponsable condamne depuis trop longtemps.
Le déni dont M. Macron se fait aujourd’hui l’avocat est déjà responsable de la crise éducative profonde que nous traversons: des millions de jeunes grandissent dans notre pays, auxquels nous n’avons pas transmis la maîtrise d’une langue, d’une histoire, d’une pensée – d’une culture par laquelle leur vie pouvait s’enraciner, devenir féconde et s’élargir aux dimensions de la cité. Comment s’intégrer à un pays dont on dit qu’il n’a pas de culture et pas d’identité? Comment se reconnaître dans une histoire dont on affirme qu’elle n’a rien produit, sinon des crimes contre l’humanité?
« L’amour de la France résidait exclusivement dans la passion pour la culture de la France: pour sa pensée, sa littérature et son art »
Milan Kundera
La culture ne peut pas diviser, au contraire: ce n’est qu’en elle que nous pourrons puiser des raisons d’aimer la France, sans chauvinisme sectaire, mais pour partager largement son aventure singulière. Pourquoi sinon être français, et pourquoi le devenir, si la France n’existe pas? Car la France est une culture. L’un des plus grands écrivains à l’avoir épousée, Milan Kundera, l’expliquait ainsi: «L’ambiance spirituelle de toute ma jeunesse tchèque fut marquée par une francophilie passionnée.» Et si cette passion résiste encore, dans le monde entier, même aux erreurs et aux fautes de notre pays dans l’histoire, c’est parce que «l’amour de la France ne résidait jamais dans une admiration des hommes d’État français, jamais dans une identification à la politique française ; il résidait exclusivement dans la passion pour la culture de la France: pour sa pensée, sa littérature et son art». Kundera avertissait déjà: une mondialisation qui nie les cultures ne pourra qu’aboutir à l’effacement de la France, «et l’indifférence à la France deviendra francophobie».
Il est malheureux que des responsables politiques français n’entendent pas aujourd’hui cet avertissement. Pour l’avenir de notre pays, et du monde auquel notre héritage peut encore apporter des sources singulières de vie et d’inventivité, la culture française n’a pas droit au suicide. Voilà éclairé, par la tentation du déni, l’enjeu de cette élection. Toute culture est fragile, nous le savons, et celle que nous avons reçue l’est plus que jamais aujourd’hui – comme l’écrivait Kundera: «Une raison de plus d’aimer la France ; sans euphorie ; d’un amour angoissé, têtu, nostalgique.»

François Xavier Bellamy

Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de philosophie et auteur de Les Déshérités ou l’urgence de transmettre (Plon, 2014).

Citation de François-Xavier Bellamy en pleine lumière d l’actualité:
François-Xavier Bellamy : « La droite ne doit plus être une version plus lente de la gauche »

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2 comments

  1. Lisez ci-dessous, cela révèle exactement ce que je disais : nous nous acheminons vers une dictature : MACRON veut s’imposer et s’imposera en dictateur sans appeler « dictature » sa façon de faire, mais il le prouve plus que n’importe quel discours, de jour en jour :

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    Atlantico : En tenant compte des principales caractéristiques d’Emmanuel Macron et de son mouvement (le fait qu’il ne s’appuie pas véritablement sur un parti, que le fonctionnement d’En Marche est très proche de celui d’une entreprise, etc.), ne pourrait-on pas dire que le nouveau président serait en train de mettre en oeuvre une forme de réinvention d’un régime plus autoritaire ?

    Jean-Sébastien Ferjou : Au-delà d’aspects plus ou moins anecdotiques comme les déclarations de Richard Ferrand qui disait ce vendredi que « les ordonnances éviteront un enlisement dans les débats parlementaires » ou bien à un journaliste en conférence de presse ce jeudi « vous ne retenez pas la bonne hiérarchie de l’information », le fait de ne pas s’appuyer sur un parti mène à un fonctionnement très vertical.
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    Trés vertical, autrement dit plus direct, et qu’y a-t’il de plus direct???
    Et si on appelait UN CHAT… UN CHAT :
    un régime de dictature?!… ce qui reflète bien le personnage psychopathe, plus dangereux que jamais, comme tous les dictateurs, ne l’oublions jamais : MUSSOLINI…, CEAUCESCU…, et sans aucun doute possible, le pire de tous… « jusqu’à maintenant »… HITLER…!

    Ce type, depuis qu’il est apparu en ministre de l’Economie, je ne le sent pas…, ou plutôt, je le sent très mal…!
    Notre démocratie et notre République, après avoir été une Ripouxblique, va-t’elle devenir un dictature???
    MACRON est-il en train d’envier ERDOGAN,,, et vouloir faire ce qu’il veut et non pas ce que les Français et la France ont besoin, sans jamais nommer sa façon d’exercer par son véritable statut???!!!

    Bien à vous

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  2. « Comment M. Bayrou, agrégé de lettres, peut-il choisir d’ignorer à ce point ce qui fait la France? »
    LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS…!

    Mais les touristes prouvent exactement le contraire de ce que disent MACRON et le BAYROU qui se sert de MACRON pour rebondir, car BAYROU, depuis déjà un moment, il n’est plus rien, ou presque…, lorsqu’il a apporté son appui à MACRON, je savais, qu’il y aurait des clashs… ça a commencé avant même que MACRON soit Président, ce qui promet bien des choses…!

    « Marseille a constitué une sorte d’éloge halluciné, en ne définissant plus les Français que comme une juxtaposition de communautés définies par leurs origines extérieures. »
    et qu’ont fait les Français nuls et traîtres à la FRANCE… ils ont élu ce traître comme eux-mêmes, les COLLABOS SONT DE RETOUR… LA PREUVE EST FAITE…!!!!

    « M. Macron nous demande nos voix pour diriger un pays dont il dit qu’il n’existe pas. »
    Oui parce qu’il sait très bien que les traîtres à notre pays : LES COLLABOS, espèce à faire disparaître, mais qui est toujours là pour profiter de la moindre traîtrise à mettre en place…!

    MACRON veut une FRANCE SOUMISE, par conséquent UNE FRANCE ESCLAVE et rien d’autres…, alors pourquoi enseigner une quelconque culture à des enfants et à des jeunes, puisqu’ils n’auront pas besoin d’être intelligent et encore moins instruit pour être de simple esclaves qui obéiront au doigt et à l’oeil…
    Un jour, ils arriveront a donner le Bac aux plus nuls, c’est déjà en partie le cas, puisqu’ils font sauter toutes les barrières pour le donner au Chances Pour la France…!

    De plus, pourquoi croyez-vous qu’ils font travailler les scientifiques pour faire des robots???
    Un jour on se réveillera en découvrant que des robots ont tué dans le métro des êtres humains…
    Tout est bien calculé, mieux qu’on ne l’imagine…!

    Le but des hommes politiques n’est pas de sauver la France, mais de la tuer, la preuve est désormais bien faite, et que ce soit la gauche ou la droite, qui d’ailleurs est très maline en faisant mine de rien, mais ils font la même chose, lorsqu’ils sont au Pouvoir, car les dires et leurs promesses ne sont pas suivies d’exécution…!
    Seul le peuple Français peut la sauver, mais encore faut-il qu’il soit suffisamment couillu, ce qui reste à prouver, car pour l’instant, le peuple Français ne cesse de prouver le contraire!!!
    Merci François Xavier Bellamy, espérons qu’un jour pas trop lointain, nos compatriotes redeviennent PATRIOTES et se souviennent de leur passé…!
    Bien à vous

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