Le naufrage de la politique des grands mots


La République en Marche crie au complot et dit la démocratie en danger… Pour éviter les questions qui fâchent et il y en a beaucoup !


Le naufrage de la politique des grands mots

Par Ivan Rioufol

La République en Marche crie au complot et dit la démocratie en danger: tout ce raffut solennel parce que Benjamin Griveaux, lorsqu’il était en 2018 porte-parole du gouvernement, s’est filmé en train de se masturber, dans un échange d’images salaces avec une jeune femme qui a conservé les scènes. Celles-ci, rendues accessibles la semaine dernière sur un site confidentiel politico-pornographique ouvert par une mouvance liée à l’extrême gauche, ont été dès lors relayées sur Twitter. Le procédé déloyal a contraint Griveaux, vendredi, à retirer sa candidature à la mairie de Paris.À lire aussi : Affaire Griveaux: le récit d’une machination

Depuis, la majorité tente de faire de sa chute l’unique scandale, sans s’attarder sur la légèreté de ce proche du chef de l’État. Toutes affaires cessantes, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a abandonné le chevet de l’hôpital public en détresse et son combat contre l’épidémie du coronavirus pour tenter de sauver les meubles de la macronie parisienne. Ces désinvoltures en série disent l’infantilisation de la politique.

La médiocrité ressort de l’affaire Griveaux. Tout le monde se ressemble dans ce méli-mélo d’arrivistes, y compris la victime. Tous sont de petits ambitieux ravis d’eux-mêmes: un «artiste» russe réfugié politique, persuadé d’avoir un message moral à faire passer, un avocat bien né qui s’écrit une vocation révolutionnaire, une belle étudiante intrigante en quête de frissons. Observer le pouvoir sonner le tocsin devant ces exaltés au petit pied ajoute à l’immaturité de ce monde finissant. C’est Griveaux qui, avide de projecteurs, voulait transformer la gare de l’Est en Central Park. Il proposait aussi sous conditions de verser 100.000 euros à certains ménages parisiens pour acheter leur résidence principale: deux mesures démagogiques qu’Agnès Buzyn s’est d’ailleurs empressée d’abandonner tout en tentant de reprendre contact avec le dissident LREM, le curieux Cédric Villani. Le rejet du programme parisien de Griveaux solde déjà, dans la majorité, une pratique irresponsable de la politique. Mais tout est en ruines.L’étanchéité entre vie publique et privée est une fiction dès lors que l’acteur politique choisi d’ouvrir ses portes intimes

L’incohérence de la macronie s’affiche quand elle alerte sur le risque totalitaire que ferait courir une vie privée ouverte aux dénonciateurs, tout en réclamant censures et intrusions sur les réseaux sociaux trop libres. «Il faut mettre un cadre juridique afin de lutter contre les fake news en période électorale», déclare Gilles Le Gendre, patron des députés LREM. Parmi eux, Olivia Grégoire s’interroge sur l’utilité de Twitter. François de Rugy parle de «régulariser l’internet», d’autres de supprimer l’anonymat. Cette pente liberticide est celle de Macron. Mais elle n’a rien à voir avec le cas Griveaux, dû d’abord à la puérilité de l’intéressé. Ceux qui ont répercuté la sextape l’ont fait sous leur nom. La pratique est punissable. Mais lorsqu’en 1914 le patron du Figaro,Gaston Calmette, avait menacé de publier les lettres très lestes que le ministre Joseph Caillaux écrivait à sa maîtresse (qui allait devenir sa femme et la meurtrière vengeresse de Calmette), personne ne demanda la révision de la loi sur la liberté de la presse de 1881.À lire aussi : Ivan Rioufol: «La culture de la transparence promue par la macronie se retourne contre elle»

Le monde politique a amorcé sa propre décrépitude quand, faute de savoir répondre à la vie des gens, il a surjoué la proximité en usant d’une communication voyeuriste. L’étanchéité entre vie publique et privée est une fiction dès lors que l’acteur politique choisi d’ouvrir ses portes intimes. Griveaux, comme d’autres, s’est prêté à ces mises en scène pour les nuls. S’ajoute à cette petitesse une propension à la dénonciation, encouragée par la macronie au nom de la juste cause. Dans le sillage de #BalanceTonPorc, qui a vu quelques justicières être condamnées pour diffamation, des élus LREM ont lancé en octobre #BalanceTonMaire, contre des élus ayant augmenté leurs taxes d’habitation. C’est cette même loi des suspects que poursuit Marlène Schiappa avec son opération «name and shame» contre des entreprises accusées de discriminer à l’embauche. Comment s’étonner de voir apparaître, sur le même registre, une sorte de #BalanceTonCandidat, possible prélude à #BalanceTonPrésident?

«Tuer Fillon»

La classe politique s’inquiète des coups à venir des traqueurs de mensonges et de doubles discours. Pourtant, ils furent nombreux à applaudir lorsque le parquet national financier, emboîtant le pas à la presse, choisit de torpiller il y a trois ans la candidature de François Fillon dans la dernière ligne droite de la présidentielle, en dépit des usages judiciaires. L’avocat Robert Bourgi se vanta de l’avoir «niqué» en lui offrant des costumes acceptés avec légèreté. Ceux qui se félicitèrent de voir démasqué, avant tout jugement, le chantre de l’intégrité sont souvent les mêmes qui déplorent le sort subi par Griveaux, promoteur de l’exemplarité. Le procès Fillon, qui s’ouvre lundi, dira le vrai. En attendant, un ancien juge d’instruction, Didier Gallot, se fait le procureur du Parquet national financier qui a instruit l’affaire (1). «Celui-ci assurera l’assassinat judiciaire de François Fillon», soutient Gallot. S’il récuse le terme de «complot», il retient le «coup monté». Objectif: «Tuer Fillon et le faire très vite.»Il revient au monde politique de s’adapter à cette nouvelle démocratie, plus sensible en effet aux mascarades et aux tartufferies des donneurs de leçons

Quoi qu’il en soit, il est vain de vouloir domestiquer la parole qui s’exprime sur les nouveaux moyens de diffusion, comme l’espère le chef de l’État. Ces préoccupations doivent être laissées à la Chine et autres régimes autoritaires. C’est Griveaux qui, en janvier 2018, avait plaidé pour une «information propre». Les règles du droit actuel suffisent à sanctionner les abus. Les dénonciateurs de Griveaux passeront devant la justice. Il revient au monde politique de s’adapter à cette nouvelle démocratie, plus sensible en effet aux mascarades et aux tartufferies des donneurs de leçons. Est-ce insurmontable pour un homme public de s’en tenir à des actes conformes à ses paroles? La politique des grands mots, qui a abusé les citoyens des décennies durant, a fait son temps. La démocratie ne peut que s’en satisfaire.

Le vrai danger

Les grands mots: ils ont été à nouveau lancés par Macron, mardi à Mulhouse: «Notre ennemi est le séparatisme islamique» (voir mon blog). En réalité, le vrai danger vient de tous ceux qui, par idéologie et trahison de la nation, ont permis sa libanisation. Le président est l’héritier de ces «progressistes» qui persistent à louer la diversité et le communautarisme, cette porte ouverte à l’islam conquérant.

Ivan Rioufol

éditorialiste au Figaro

 Copyright obligatoire en cas de citation ou de transmission de cet article, vous pouvez le copier : Ivan Rioufol pour Le Figaro

(1) Les grands assassinats judiciaires, de Fouquet à Fillon, Éditions Les Impliqués.


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3 commentaires

  1. Macron et son gouvernement sont catastrophiques notamment face au coronavirus. On ne peut que constater qu’ils sont incapables d efaire face et que dire du nouveau ministre de la Santé qui est lamentable ?

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  2. J’aime beaucoup les articles de M. Rioufol qui sont toujours clairs et nets. Au moins, on comprend ce qu’il veut dire. ce n’est pas comme les médias actuels qui ne font que la propagande du pouvoir outrancièrement.

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  3. Ivan Rioufol, avec Eric Zemmour, doit être un des rares journalistes qui ne pratiquent ni la langue de bois ni la collaboration avec Macron. C’est rafraichissant de le lire!

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