Si gouverner c’est prévoir…


Si gouverner c’est prévoir, alors ce pouvoir a perdu le peu le crédit dont il jouissait encore. + Video !

Si gouverner c’est prévoir…

Par Nicolas Dupont-Aignan

L’épidémie en cours nous contraint d’abord à l’humilité. Comme tant d’autres avant lui, ce virus rappelle à chacun d’entre nous combien la vie est fragile. Un organisme microscopique peut terrasser un homme en quelques jours. La formidable amélioration de l’hygiène et de la médecine au XXe siècle nous avait presque fait oublier que nous sommes à la merci des humeurs de la biologie. Et que nous ne sommes que de passage ici-bas. Aussi, j’aime à croire que cette très dure épreuve permet aux Françaises et aux Français de penser à eux-mêmes, à leurs parents, leurs amis, leurs concitoyens et en particulier aux plus fragiles. Qu’ils réfléchissent aussi à ce qui fait un peuple et au sens de la vie. Ce qui compte, ce n’est pas le but mais le chemin, les actes que l’on pose et les idées que l’on porte chaque jour et qui dessinent la marque que nous laisserons en partant.

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Face à cette grave crise sanitaire, j’ai volontairement pris du recul. L’heure était à l’union derrière nos soignants, nos forces de l’ordre, nos militaires, nos pompiers, le personnel de la grande et de la petite distribution, des transports, les fonctionnaires, tous ceux qui, depuis plusieurs semaines déjà, sont en première ligne dans le combat contre le coronavirus ou grâce à qui le pays continue de tourner. Nous ne les remercierons jamais assez. Certains ont payé de leur vie leur courage – et il y en aura d’autres, hélas. Cet altruisme et la gratitude qui le récompense manifestent la cohésion d’un peuple. C’est face aux difficultés qu’un homme révèle sa vraie nature. Il en va de même d’une nation.

Mais la reconnaissance et le recueillement n’empêchent pas la critique. Comme dans le cas des attentats islamistes, l’appel ou plutôt l’injonction à l’« union sacrée » sert trop souvent au complexe politico-médiatique d’outil pour faire taire ses opposants. La gestion de l’épidémie de Covid-19 par le pouvoir macroniste mérite déjà d’être sévèrement blâmée. En vérité, par-delà les acteurs de ce désastre, c’est tout un système qui est aujourd’hui sur le banc des accusés.

Le 24 janvier, tandis que les autorités chinoises luttaient contre la maladie, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pourtant elle-même médecin, déclarait crânement : « Le risque d’importation de cas depuis Wuhan est modéré, il est maintenant pratiquement nul parce que la ville est isolée. Les risques de cas secondaires autour d’un cas importé sont très faibles, et les risques de propagation du coronavirus sont très faibles ». A l’époque, ceux qui, comme moi, réclamaient la plus extrême prudence étaient moqués par le pouvoir. On nous accusait, on m’accusait de « jouer avec les peurs ». Reprenant les éléments de langage de l’Elysée, les grands médias présentaient l’épidémie comme un problème chinois, exotique, avec des pangolins et des chauves-souris. Non, affirmaient-ils, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. Des médecins cathodiques, qui ne connaissaient rien au sujet, qui n’avaient rien lu sur lui, prétendaient qu’il s’agissait d’une « grippette ». Quelques jours après l’intervention de la ministre, le coronavirus débarquait en France après s’être installé en Italie. Entre-temps, dans le cadre d’un match de football opposant l’Olympique lyonnais à la Juventus de Turin, les supporters de cette dernière – plusieurs milliers – avaient été autorisés à se rendre à Lyon. Il est vrai que seule la Lombardie était alors rudement touchée par le virus, et comme les villes de Turin et de Milan ne sont distantes que de 150 kilomètres…

Le Covid-19 est nouveau, sournois, et les Français peuvent entendre que les spécialistes n’aient pas immédiatement saisi sa dangerosité. Du reste, les témoignages qui nous parvenaient de Chine puis d’Italie étaient rien moins que rassurants. Nombreux étaient déjà les personnels de santé qui, chez nous, réclamaient des masques FFP2 et plus généralement du matériel afin de faire face à la crise sanitaire qu’ils annonçaient, cependant qu’Agnès Buzyn s’apprêtait à « conquérir » la mairie de Paris.

J’étais alors également de ceux qui demandèrent au gouvernement de fermer nos frontières. Réponse ? Nous jouions avec les peurs, bien sûr. La peur, toujours la peur… Elle est pourtant bonne conseillère, la peur. Confrontés à l’inconnu, à quelque chose qui pourrait nous nuire, elle est non seulement une réaction logique, humaine, mais elle permet de mieux se défendre le cas échéant. Durant ces semaines de confusion au sommet de l’Etat, l’attitude la plus responsable eût consisté à prendre les mesures les plus fermes afin de briser la vague qui nous fonçait dessus. Inutile, la fermeture des frontières ? Tellement inutile qu’elle fut décidée après, tard, trop tard. C’est pour des raisons purement idéologiques qu’Emmanuel Macron a refusé durant près d’un mois de nous couper de nos voisins et de la Chine. Il devrait s’en mordre les doigts. J’use du conditionnel car, malheureusement, chez les ultralibéraux dont il est le Guide Suprême, les principes priment toujours les faits. En l’occurrence, la libre circulation des biens et des personnes, qui est sa religion, passait avant la protection des Français. Pendant deux mois, des avions en provenance de Chine, et même carrément de la province de Wuhan, ont continué d’atterrir dans nos aéroports.

Quand les cas commencèrent à s’accumuler chez nous, nous découvrîmes ébahis que nous n’étions pas prêts du tout. Ecoutant les médecins qui suppliaient qu’on leur fournît enfin des masques FFP2, j’avais interpellé le gouvernement. Réponse ? Des ricanements. Ces fameux masques, le gouvernement nous disait un jour que nous n’en avions pas besoin, puis un autre jour que nous en avions bien assez en réserve, puis encore un autre jour que nous en fabriquions beaucoup et qu’ils arriveraient très rapidement dans les services hospitaliers. Désormais, nous connaissons la vérité. Sous Roseline Bachelot, en 2010, nous en avions plus d’un milliard en stock ; dix ans plus tard, au début de l’épidémie, nous en possédions moins de cent millions, qui plus est uniquement des masques chirurgicaux. Pourquoi cette fonte vertigineuse ? Entre ces deux dates, les ministres successifs avaient changé de doctrine ; pour faire des économies, pour complaire au dogme libéral selon lequel le flux est toujours préférable au stock, la décision fut prise, sous Xavier Bertrand, de ne pas renouveler ce dernier. En cas de crise, écrivaient les services du ministère de la Santé, nous n’aurions qu’à en commander en… Chine. L’abandon de nos réserves de masques a été définitivement acté sous Marisol Touraine. Qui était son conseiller chargé de la sécurité sanitaire ? Jérôme Salomon, aujourd’hui Directeur général de la Santé.

Pour soigner un malade, encore faut-il savoir de quoi il souffre. Les pays qui résistent le mieux au coronavirus sont ceux qui testent massivement leur population. A l’heure où j’écris ces mots, l’Allemagne dénombre 1500 morts et la Corée du Sud, un peu moins de 200, contre plus de 8000 en France – et encore, ce dernier chiffre n’intègre pas les morts dans les EHPAD, où a lieu une véritable hécatombe si l’on en croit ceux qui y travaillent, trop souvent sans aucune protection. Le 16 mars, le Directeur général de l’OMS lançait à l’adresse de tous les gouvernements : « Testez, testez, testez tous les cas suspects de Covid-19 ». Pourquoi ne le fait-on pas chez nous ? Durant des semaines, le pouvoir a répondu que nous avions bien assez de tests mais qu’il fallait les réserver aux cas les plus graves. C’était encore un mensonge. Dans un article daté du 25 mars, France Bleu nous apprend que : « Pour l’instant,les laboratoires français et les usines manquent de matériel. Aujourd’hui, on n’a pas assez de composants pour produire ces tests : les réactifs pour détecter le virus, les bâtonnets qui servent à introduire le réactif dans la narine du patient. » Certains composants ne sont fabriqués qu’en… Chine. D’autres le sont aux Etats-Unis, qui ont choisi de garder pour eux les tests qu’ils produisent. Si nous avions vraiment eu des réserves de tests, combien de malades auraient pu être pris en charge plus tôt et peut-être sauvés ?

Le 7 mars, Emmanuel Macron invitait les Français à sortir, à se rendre au théâtre, ce qu’il faisait d’ailleurs lui-même ce soir-là. Le 15 mars, jour du premier tour des municipales, son épouse donnait elle aussi l’exemple en se baladant sur les quais de Seine. Il ne fallait pas avoir peur. 48 heures plus tard, Emmanuel Macron décrétait un confinement de quinze jours au moins. Dans son allocution, il ne manquait pas de nous gronder. La vérité, c’est que le confinement est le résultat de son imprévoyance. Nous sommes enfermés depuis bientôt trois semaines et allons le rester parce que nous n’avons ni masques FFP2, ni tests, ni respirateurs artificiels en quantité suffisante, et parce que l’hôpital public, en conflit avec le pouvoir depuis de longs mois, n’est pas capable d’accueillir les dizaines de milliers de malades que le Covid-19 va forcément faire. L’inconséquence du pouvoir, qu’il nie à grand coups de slogans creux, de complaintes lyriques ou guerrières dont Emmanuel Macron a le secret, accouche donc d’une mesure de coercition jamais vue en temps de paix.

Aujourd’hui, les frontières de l’UE et les nôtres sont enfin closes – décision qui était jugée absurde, inutile, nationaliste par ceux-là mêmes qui l’ont donc prise ensuite, je le rappelle. Et alors que, du fait du confinement, notre industrie tourne au ralenti, nous essayons de produire et de commander le plus de masques, de gel hydro-alcoolique, de tests. Que faisait Agnès Buzyn en janvier ? Que faisait Olivier Véran, son successeur, en février ? Récemment, la candidate malheureuse à la mairie de Paris s’est épanchée dans Le Monde. Elle a dit notamment que, si elle avait pleuré le jour de son départ, c’était parce qu’elle savait que « la vague du tsunami était devant nous ». Mesure-t-elle la gravité de cette confession ? De deux choses l’une : soit elle savait vraiment et son silence d’alors est passible de la Cour de Justice de la République, soit elle ne savait pas et dès lors son incompétence, en plus de lui interdire de briguer n’importe quel mandat, devrait également la priver de patientèle. Olivier Véran, qui a menti sur les masques et les tests, devra lui aussi rendre des comptes. De même, bien entendu, que le chef du gouvernement, leur chef,Edouard Philippe.

Mais j’ai dit précédemment que ce n’est pas seulement des personnes qui sont en cause, c’est tout un système, leur système: le mondialisme. La disparition de nos stocks de masques FFP2, l’absence de tests, de gel hydro-alcoolique et même de chloroquine, cette molécule dont l’efficacité est âprement défendue par le Professeur Raoult, ont pour fondement la libre circulation des biens et des personnes, la recherche maximale de profits pour quelques-uns au détriment de tous. Nous avons constaté pendant deux mois que l’importation frénétique de produits chinois valait bien à leurs yeux quelques morts Européens, dommages collatéraux de la concurrence libre et, en vérité, complétement faussée. Pourquoi fabriquer chez nous, avec nos normes sociales et sanitaires, nos compétences et notre savoir-faire quand on peut importer des produits moins chers des quatre coins de globe ? Les Françaises et les Français, les Européens comprennent peut-être un peu mieux aujourd’hui pourquoi ce modèle est injuste pour nos travailleurs, délétère pour notre industrie, dangereux pour nos peuples et notre souveraineté. Ceux qui incarnent le mondialisme, qui en sont les promoteurs les plus fanatiques viennent à présent nous dire, sans la moindre honte, à l’instar d’Emmanuel Macron le 17 mars, que « rien ne sera jamais plus comme avant ». Parole d’alcoolique. Pour rester poli, il faudrait être bien naïf pour les croire.

Suivant l’avis du conseil scientifique qu’il a institué et derrière lequel il se cache, se dégageant ainsi de ses responsabilités et donc de futures poursuites pénales, l’exécutif va très probablement annoncer la prolongation du confinement à l’issue des quinze premiers jours. Hélas, puisque nous ne disposons pas d’autres armes pour juguler l’épidémie, nous devons le respecter à la lettre. Aussi, je pense à tous ceux que l’on prive de leur liberté, qui sont seuls, qui ont peur pour eux-mêmes et leurs proches, qui ne peuvent même pas enterrer dignement leurs défunts. En 2017, je mettais en garde mes compatriotes contre Emmanuel Macron, qui est à la politique ce que les bulles spéculatives sont à l’économie : une mortelle illusion. Quand nous aurons gagné cette bataille, en plus de ses ministres et de ceux qui les ont précédés, ce n’est pas le Président de la République qui devra tirer les conclusions de la crise mais c’est les Français qui devront tirer les conclusions de sa présidence hystérique, brutale, lunatique, inconséquente. Car si la crise est mondiale, il est certain que la France aurait pu mieux s’en protéger si, depuis tant d’années, elle n’avait pas eu à sa tête des mystiques du « grand marché » planétaire.

Si gouverner c’est prévoir, alors ce pouvoir a perdu dans cette dramatique affaire le peu le crédit dont il jouissait encore. Et le mondialisme avec lui.

Nicolas Dupont-Aignan

Président de Debout La France, Député de l’Essonne


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3 commentaires

  1. Merci Nicolas Dupont-Aignan pour dire tout haut ce que le peuple ressent. Quant aux autres politiciens, quelle honte : leur silence permanent aide le pouvoir à nous spolier.

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  2. Ne ratez pas la vidéo, car Dupont-Aignan nous alerte sur le danger du flicage total que veut imposer le pouvoir aux Français.

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