Suppression de l’ENA, une mesure démagogique

L’annonce du Président Macron de supprimer l’ENA n’est que du marketing politique, puisque l’ENA sera remplacée par une école équivalente : « Institut du Service Public » !

Suppression de l’ENA, une mesure démagogique

Par Maxime Tandonnet

Pour la seconde fois en deux ans, après l’annonce du 15 avril 2019, la suppression de l’ENA a été annoncée par le président de la République. La période se prête en effet à une opération de ce genre. L’actuelle équipe au pouvoir avait promis « un nouveau monde » en 2017. Or, faute de nouveau monde, elle se trouve plongée dans un indescriptible chaos. 

Après la crise des gilets jaunes et du mouvement social, l’épidémie de covid 19 s’est traduite par une succession de désastres : environ 100 000 morts selon les statistiques, étranglement de la liberté individuelle dans le contexte d’un enchaînement de confinements et de couvre-feu, calvaire des restaurateurs, commerçants, professionnels de la culture et des étudiants, affaire des masques, puis des tests et aujourd’hui, des engagements jamais tenues en matière de nombre de places de réanimation. 

Comment, dans un tel contexte, ne pas céder à la tentation de jeter cette école en pâture à la vindicte populaire, en faire le coupable idéal à la place des vrais responsables, c’est-à-dire les décideurs politiques dont la mission est de diriger le pays? Et par la même occasion de déclencher un psychodrame qui va mobilier le monde politico-médiatique et exercer un opportun effet de diversion par rapport aux vrais problèmes des Français ?

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Le discours officiel annonce le remplacement de l’ENA par une autre école équivalente portant un autre nom.  L’opération ne serait-elle dès lors que de pure communication ? Sans doute ne peut-elle se réduire à cette seule dimension. En détruisant le symbole ENA, l’idée est bien de déstabiliser un mode de recrutement par le travail et le mérite personnel. Le projet s’inscrit dans la même logique que la suppression du concours d’entrée à science po et les grandes écoles. Au fond, il vise à faciliter un mode de recrutement par la cooptation. Le choix des ambassadeurs, des préfets, des directeurs d’administration sera laissé avant tout à la discrétion des responsables politiques, aux ministres, qui recruteront des collaborateurs dans la société civile, en fonction de leurs réseaux de relations. Or, où iront-ils puiser en priorité ? Sans doute dans les pépinières traditionnelles des partis politiques que sont les militants dévoués à leur cause à l’image de ce que fut longtemps l’UNEF pour le parti socialiste. On peut aussi imaginer que les liens familiaux, amicaux, claniques soient fortement sollicités. Le danger est ainsi de favoriser encore plus à l’avenir le népotisme et le copinage, c’est-à-dire une fonction publique dès lors fondée sur l’obséquiosité plutôt que sur le mérite.

L’accusation qui est faite à cette école de favoriser les inégalités sociales est d’ailleurs fallacieuse. Les statistiques montrent bien au contraire qu’elle permet à des personnes de différents milieux, sans relations, de se hisser par leur seul travail et performance intellectuelle au plus haut niveau de l’État. Certes, à l’image de la société française, la part des milieux aisés est surreprésentée à la sortie de l’ENA comme elle l’est dans toutes les sphères dirigeantes ou influentes. Mais qu’en sera-t-il le jour où le recrutement de la haute fonction publique sera livré aux réseaux familiaux, politiques et claniques ? Quant à l’idée reçue selon laquelle l’ENA serait un « moule » de la pensée unique, elle est particulièrement injuste dès lors que les « énarques d’aujourd’hui », issus de trois concours, dont la moyenne d’âge est autour de la trentaine, proviennent de formations ou de milieux professionnels les plus diversifiés et que la scolarité se déroule pour l’essentiel sous la forme de stages.

Certes le reproche d’arrogance que l’on fait habituellement à cette école tient au comportement détestable d’une infime minorité de ses anciens élèves qui l’ont utilisée comme tremplin d’une carrière politique. Or ceux-ci ne représentent guère plus de 1 à 2% des anciens élèves d’une institution dont ils sont les fossoyeurs. Les autres, l’immense majorité, sont des hauts fonctionnaires qui ont choisi le beau métier de serviteur de l’État et de leur pays, remplissent leur mission dans l’anonymat et la discrétion, face à des circonstances parfois difficiles. Ils ont choisi la voie de l’épreuve intellectuelle du concours pour se donner un métier, préfet, ambassadeur, directeur d’administration centrale, plutôt que le jeu des réseaux claniques, familiaux et du copinage qui caractérise la plupart des autres filières de promotion sociale. L’ENA n’est évidemment pas intouchable et toutes les idées de réformes de son mode de recrutement et de sa formation sont les bienvenues.
Toutefois supprimer l’ENA faire de cette Ecole le bouc émissaire des lâchetés, des échecs des renoncements et de la bêtise ambiante, serait une mesure démagogique.

Maxime Tandonnet

max t

Ancien conseiller à la Présidence de la République sous Sarkozy, auteur de plusieurs essais, passionné d’histoire…
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2 commentaires

  1. Les Français qui laissent passer ce genre de décision en toute indifférence finiront bien par payer l’addition et elle sera dramatique.

  2. Bien sûr qu’il s’agit d’une mesure démagogique et surtout bidon qui va permettre d’abaisser le niveau de la nouvelle mouture. Décidément ce Président est bien mauvais pour la France.

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