J’ai dû marcher dans la rue peut-être 800 m en tout, 12-15 minutes maximum, et je me suis faite « accoster » à quatre reprises.

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Harcèlement de rue

Par Carnets d’une plume

En ce beau dimanche matin, le thermostat de mon balcon affiche 40 degrés sans efforts. Nous sommes sur la fin juin, et si vous faites partie de ces gens qui n’ont pas eu chaud cette semaine, vous êtes des êtres chanceux et clairement je veux savoir où vous habitez sur cette planète…

Au Moyen Orient, en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud et autres pays connaissant des chaleurs accablantes, les populations se couvrent pour se protéger du soleil, mais nous, en Europe, on se découvre. En tant que femmes, nous avons mille et une possibilités de nous habiller : robes, jupes, shorts, dos nus, débardeurs, etc. Est-ce pour autant une invitation à venir nous parler ? Nous insulter ? Nous toucher ? Je ne crois pas, et pourtant…

Il y a quelques temps, j’ai fait un bref passage à Lyon avec des amies.  Je devais les rejoindre en fin d’après-midi à un hammam où elles avaient fait des soins pour ensuite aller dîner toutes ensembles. Sortir ? Dîner ? Naturellement j’avais pris une robe pour l’occasion et pas mon éternel jean/top que je me traîne pendant les week-ends. En sortant de l’appartement, j’avais calculé un itinéraire à pied mais aussi en tram pour arriver à l’heure. Eh bien j’aurais peut-être mieux fait de prendre un Uber…

J’ai dû marcher dans la rue peut-être 800 m en tout, 12-15 minutes maximum, et je me suis faite « accoster » à quatre reprises.

Ce que je portais ? Je sens que c’est la première question qui vous vient à l’esprit… Une robe proche du corps (mais pas moulante), descendant jusqu’au genoux, col en V et épaules couvertes, noire et beige, signée Morgan. Ah oui, il faisait bien 28 degrés et je portais aussi des lunettes de soleil et des sandales plates.

Comment je suis physiquement ?  Oui, je sais, il faudra que je vous fasse les présentations bientôt, c’est promis ! Mais pour le moment, je peux vous dire que je fais 1m71, blonde, cheveux aux épaules, yeux verts, taille 40 (j’ai perdu mon 38 pendant la pandémie !), un peu de poitrine et un peu de postérieur, des jambes striées de petits vaisseaux qui hébergent de la cellulite tout au long de l’année. Rien d’hors du commun donc.

Et que s’est-il passé ?

Premier homme (avant prise de tram) : grand, blond, fin de vingtaine. Je le croise. Il m’arrête et me demande si je parle français. Je lui dis oui, et il me regarde et m’annonce très sérieusement : « Hier on m’a dit que j’allais rencontrer la femme de ma vie à Lyon et je crois que c’est toi !». Je le regarde, je souffle et je lui réponds : « Et bien mauvaise nouvelle, ce n’est pas moi, car je ne suis pas d’ici, que je viens d’arriver mais que je mets les voiles demain matin ». M’apprêtant à continuer mon chemin, il me chope le bras et me dit : « T’es sûre ? ».

Oui gars, je suis sûre !

Deuxième homme (après prise de tram) : ma taille, brun, lunettes de vue, la cinquantaine, s’arrête à côté de moi à un passage piéton au rouge, me regarde de haut en bas, et me demande l’heure avec un sourire chelou. Je lui dis que je n’avais pas l’heure (bon j’avais mon portable à la main, mais qui demande l’heure dans la rue de nos jours ?). Quand le passage piéton passa au vert je me suis mise à accélérer le pas, et à vérifier combien de temps il me restait pour arriver au hammam – j’étais à 350 m.

Deuxième homme (bis) : le même que le précédent, au passage piéton suivant, passe derrière moi, très proche, pour me dire presque en chuchotant à l’oreille: « Mais tu avais l’heure espèce de grosse merde ! T’es vraiment qu’une grosse merde … ». Je suis restée bloquée, décontenancée, sans voix par ce que je venais d’entendre. Il n’est pas resté à m’insulter mais il a pris très rapidement le passage piéton perpendiculaire au mien.

Troisième homme : grand, black, en surpoids, la quarantaine je dirais, au dernier passage piéton avant ma destination finale, passa derrière moi pour juste me dire « Salope ! ». Un véritable régal pour mes oreilles.

Mais qu’avais-je fait pour mériter cela ? Y avait-il dans mon apparence/attitude quelque chose qui appelait à toutes ces interactions sur les 800 m parcourus ? Vous comprendrez bien que plus j’avançais vers le lieu de rendez-vous, plus je me sentais mal. Une fois arrivée sur place, je me suis empressée de raconter mes mésaventures aux filles et l’une d’entre elles me fit : « Peut-être qu’on n’ aurait pas dû sortir les robes ce soir… » et je lui ai simplement répondu qu’il n’arriverait rien ce soir car nous étions en groupe et en voitures.

Mais rien que le « Peut-être qu’on n’aurait pas dû sortir les robes ce soir… » m’a fait mal au ventre et m’a rappelé des souvenirs. Cela a toujours été comme cela en France, pourquoi je me sentais si choquée alors?

Quand j’habitais à Bordeaux, Paris ou en banlieue parisienne, je faisais toujours attention à ce que je mettais : pas trop décolleté, pas trop moulant, pas trop court, pas de talons (pour pouvoir courir au cas où…)… ce n’est pas pour autant que je ne me faisais pas insulter, accoster, toucher par des hommes, dans la rue, comme dans les transports. Un coup tu réponds, un coup tu ne réponds pas et surtout tu regardes combien ils sont. Tu peux t’en sortir avec humour mais souvent, le soir, quand il fait nuit, ce sont tes jambes qui te sauvent. Et ça c’était mon quotidien et je sais aussi que c’est le vôtre actuellement, pour la plupart d’entres vous chères lectrices. Mais un autre monde existe !

Je vis à Genève depuis presque une décennie maintenant et j’avais simplement oublié cette sensation de malaise que l’on peut ressentir dans les rues des villes françaises.

Ici, je m’habille comme je le souhaite et je rentre seule le soir, la nuit, sans avoir peur. Qu’est-ce qui fait ce sentiment de sécurité ? Est-ce que c’est parce que je vis dans une ville d’eau où l’on se baigne la moitié de l’année et où par conséquent on a l’habitude d’être plus « déshabillé » ? Est-ce que c’est une question de culture ou d’éducation ? Bien que Genève soit la ville qui a le plus gros pourcentage d’immigration de Suisse donc des cultures et des éducations de populations très différentes et mélangées ? Ou de statut social ? Plus on est riche moins on harcèle ?

Mais en fait peu importe la raison, non ? Nous ne sommes pas la propriété des hommes pour subir ce genre d’interactions quotidiennes et la rue ne leur appartient pas non plus! Nous n’avons pas non plus à nous couvrir de la tête au pied pour « éviter » ce harcèlement, car nous savons également que ce que nous portons n’empêchera pas les agressions. Eté comme hiver, c’est la même chose, sauf que l’été c’est surmultiplié. Alors qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans leurs têtes ? Croient-ils vraiment que l’une d’entre nous tombera dans leur bras avec ce genre d’approche ? Renseignez-vous les gars.

Aujourd’hui, ce respect quotidien dans l’espace public en Suisse me paraît être un luxe même si cela existe également ici mais pas à un tel niveau que dans le pays voisin.

Et vous, racontez moi, où vivez-vous et quelles sont vos histoires d’harcèlement de rue récentes ?

Copyright « Carnets d’une plume« 

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By Observatoire du MENSONGE

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4 thoughts on “Harcèlement de rue”
  1. Moi, quand je marche dans la rue, je peux regarder qui je veux. Sans zyeuter, sans déshabiller ni baver, disons « normalement », avec correction, « neutre » ou souriant disons, mais je peux regarder qui je veux, je n’ai pas à éviter, à baisser ou détourner les yeux.
    Et j’ai -réellement- souvent le coeur serré lorsque je croise une jeune fille, une jeune femme, une femme : car souvent, je remarque qu’elle garde volontairement le regard dans le vague, ou fixé sur le trottoir, etc. Pour sa tranquillité, pour essayer de ne pas être accrochée du regard (je ne parle même pas d’apostropher, etc, comme dans l’article).
    Je trouve absolument FOU, inacceptable cette « intériorisation » de la peur, cette attitude d’effacement volontaire (contraint indirectement, en fait). Et la moitié de l’humanité qui est en face ne se rend même pas compte du comportement provoqué chez les femmes ( comportement devenu acquis) C’est révoltant. Ce n’est pas digne d’une société qui se veut moderne, bla bla. Mes filles me disent que « c’est comme ça », qu’il faut faire avec pour ne pas se ronger et se pourrir chaque instant.
    C’est à hurler…

  2. Jadis les femmes portaient des couvre-chef avec une longue aiguille à chapeau, il parait que ces messieurs évitaient d’approcher les dames

  3. Voilà un texte qui sort de l’ordinaire sur un sujet pourtant brûlant et bien réel. J’ai partagé !

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