Bref, on prend les mêmes et on recommence

Par Stéphane Buffetaut

Selon sa propre logique, Emmanuel Macron a reconduit quasiment à l’identique le gouvernement de Mme Borne, à l’exception de ceux tombés au champ d’honneur électoral. Bref, on prend les mêmes et on recommence, moyennant quelques changements d’affectation et de bonnes manières faites à Édouard Philippe. Comme une illustration de la phrase fameuse mise dans la bouche du jeune Trancredi, dans Le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne bouge. » À la suite d’un exceptionnel revers électoral du camp présidentiel, c’est assez singulier. Mais c’est la simple illustration de la conception qu’Emmanuel Macron a du pouvoir : il ne s’agit pas de diriger une nation selon un projet politique qui donne un sens à l’aventure historique d’un peuple et dans le souci de celui-ci, mais de gérer entre soi des procédures technocratiques malgré des Français bien ennuyeux à gouverner. Finalement, la lugubre « Première ministre » en est une bonne incarnation.

Il serait possible de gloser sur la reconduction à des responsabilités essentielles de ministres qui n’ont guère fait preuve d’efficacité, mais il est intéressant de s’arrêter aux intitulés alambiqués accolés à certains ministres d’Emmanuel le déconfit.

Ainsi M. Le Maire se retrouve ministre de l’Économie, des Finances et de « la Souveraineté industrielle et numérique », tout comme son collègue Marc Fesneau est bombardé ministre de l’Agriculture et de « la Souveraineté alimentaire ». Est-ce de l’humour involontaire ou du cynisme ? Les mots de Charles de Gaulle lors de son entretien avec Michel Droit, le 14 décembre 1965, valent d’être cités : « On ne fait pas de politique en dehors des réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe ! l’Europe ! l’Europe !, mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. » C’est entendu, M. Macron et ses amis appartiennent à l’espèce des cabris, mais précisément, pendant des décennies, l’Union européenne s’est opposée à toute politique industrielle en laquelle elle voyait une résurgence de protectionnisme, une machine de guerre contre le sacro-saint libre-échange. De la même façon s’est-elle évertuée à faire entrer l’agriculture européenne dans la logique de la mondialisation et à installer notre dépendance alimentaire.

Or, durant toute la présidence française de l’Union européenne, Emmanuel Macron n’a cessé d’évoquer une pseudo-« souveraineté européenne », qui s’est traduite par l’alignement sur Washington et qui induit une perte de ce qui reste de souveraineté française. La politique nécessite un minimum de cohérence. Ou bien l’on remet en cause certaines des orientations fondamentales prises par l’Union européenne et l’on peut évoquer une souveraineté industrielle ou alimentaire, ou bien l’on adhère à ces orientations et ces intitulés pompeux ne sont qu’enfumages. Il serait souhaitable que le Président se souvienne des paroles d’Abraham Lincoln : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper le peuple tout le temps. »

Au demeurant, nous avons payé les dividendes de ces politiques lorsque nous avons dû constater notre dépendance en matière pharmaceutique, en matière de composants électroniques, en matière d’alimentation ou d’énergie, lors de la crise sanitaire ou aujourd’hui à cause de la guerre en Ukraine.

Autre intitulé qui mérite réflexion, celui de la secrétaire d’État Patricia Miralles, chargée des Anciens combattants et de la Mémoire. Voici donc que l’État veut définir ce que doit être la mémoire du peuple ! C’est du George Orwell, dans la veine des lois mémorielles sélectives qui ordonnent dans quel sens interpréter l’Histoire. Nous entrons de plain-pied dans la police de la pensée.

Une absence, enfin. Pas de ministère de la Famille. Connaissant la tête de l’exécutif, ce n’est pas vraiment une surprise. Mais enfin, la famille, quels que soient ses aléas, demeure un lieu d’affection, d’éducation, de solidarité naturelle qui amortit les chocs de l’existence. Souvent, elle supplée aux défaillances de l’État. En période d’effondrement démographique de l’Europe, par une certaine stabilité juridique et affective, elle offre un cadre plus propice à l’accueil de la vie. Enfin, elle constitue le dernier rempart des libertés humaines contre les empiétements de l’État et l’égoïsme de l’individualisme triomphant. De bonnes raisons pour l’ignorer ou l’abattre dans la logique totalitaire des idéologies de la déconstruction.

M. Macron semble lassé des Français et peut-être même des difficultés du pouvoir. C’est une sorte de gouvernement par défaut qu’il a nommé. À défaut de mieux. À défaut, surtout, de l’adhésion des Français. Pourra-t-il tenir cinq ans ? La France pourra-t-elle tenir cinq ans ?

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Boulevard Voltaire

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2 thoughts on “[Tribune] Borne 2 : « Il faut que tout change pour que rien ne bouge », ou comment abuser le peuple”
  1. Borne c’est la socialiste pur jus, triste et sectaire qui est chargée de la déconstruction finale de la France et qui saura réussir dans cette mission.

  2. Mes compliments Stéphane BUFFETAUT ( nous ne devons plus dire Monsieur, ni Madame), encore une idée lumineuse d’un pouvoir politique en manque d’imagination, qui nie les réalités, trahissant, sans vergogne, tous les peuples , afin d’instaurer une gouvernement planétaire…
    et finalement :  » TOTALITAIRE  »
    Ancien député au Parlement européen, vous n’êtes pas sans savoir que l’idéologie mondialiste progresse de façon implacable , dans les faits et au quotidien , du projet mondialiste contre lequel j’ai lutté chaque jour ( dans l’ombre du Général de GAULLE), et toujours auprès de vrais Gaullistes inconditionnels et fidèles , j’ai combattu à cette fin , notamment, avec mon ami l’Amiral François Léon FLOHIC, avec lequel j’avais des discussions passionnées au sujet des
     » Pêcheurs d’Islande », nous étions tous deux en accord avec un ex-ministre du Travail , Philippe DECHARTRE qui avait lancé l’idée de la  » PARTICIPATION » , pensée chère au Président Charles de GAULLE, ainsi que celle concernant l’Europe , je cite :  » Oui c’est l’Europe depuis l’ Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe , c’est toute l’Europe qui décide du destin du monde ! »
    Or, la pensée mondialiste ignore les réalités : « Pour pouvoir aboutir à des solutions valables il faut tenir compte de la réalité… La politique n’est rien d’autre que l’art des réalités . Or, la réalité c’est qu’actuellement l’Europe se compose de nations . C’est à partir de ces nations qu’il faut organiser l’Europe et , s’il y a lieu la défendre.  » Fin de citation.
    La France et les Français n’en peuvent plus devoir supporter Macron, il est la cause de tous les malaises, partout, Macron est timoré , inconscient , il a un besoin du regard des médias pour exister, et vivre avec ce regard là, il ne peut se regarder dans son miroir, parce qu’il est détesté.
    Il est incapable de vivre en fonction de son propre regard, vivre en fonction du regard et du reflet des autres , c’est se soumettre à ce que les autres attendent de lui , mais vivre en fonction de son propre regard c’est faire le choix de vivre en fonction des valeurs de la France et non de ses faux-amis , lesquels jettent un regard méprisant ( et moqueur) , sur lui et, par conséquent, sur la France.
    Le Général de GAULLE était un Grand Homme cohérent , logique, il ne courrait pas dans tous les sens , en l’occurrence, derrière le président des Etats-Unis pour l’ interrompre durant sa conversation privée avec son Conseiller.
    Le président de GAULLE ne poursuivait quiconque pour défendre les Intérêts de la France , alors que Macron, lors d’un récent G7, n’a jamais eu la vision d’un  » Commandeur  » face à Joe Biden..
    En revanche, de GAULLE ne cédait en rien, dans l’intérêt général de la France, il était , à la fois, respecté et craint, il savait apprécier les circonstances dans chaque cas particulier , du fait qu’il les mesurait avec connaissance, selon son vécu hors normes, il les exploitait . il était vainqueur . Du fait que Macron ignore presque tout, il les juge mal , les jugeant mal, il est vaincu. et la FRANCE aussi. Ce n’est que sur une foi retrouvée que nous pourrons affronter les forces sataniques macronistes et mondialistes.

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