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Les sciences sociales : soixante ans de propagande de gauche

Les sciences sociales : soixante ans de propagande de gauche

Dans un paysage intellectuel où le mot « diversité » est brandi comme un talisman, une étude vient de porter un coup de massue à l’idée que les sciences sociales académiques seraient un temple de l’objectivité et du pluralisme. Publiée le 16 mars 2026 dans Theory and Society sous le titre sobre de « The ideological orientation of academic social science research 1960–2024 », l’analyse de James Manzi, doctorant à Oxford supervisé par le professeur Michael Biggs, démonte avec une rigueur implacable ce que beaucoup pressentaient : depuis plus de six décennies, la production scientifique en sciences sociales de langue anglaise est massivement, systématiquement et durablement orientée à gauche.

Manzi n’a pas fait dans la demi-mesure. Il a analysé environ 600 000 résumés d’articles publiés entre 1960 et 2024 dans les principales disciplines des sciences sociales. Le verdict est sans appel : environ 90 % des articles penchent à gauche. Toutes les disciplines ont dérivé vers la gauche entre 1990 et 2024. Les disciplines les plus « socioculturelles » (études de genre, études ethniques, anthropologie) sont les plus radicalement à gauche ; l’économie, pourtant souvent perçue comme plus « neutre », reste aussi nettement à gauche.

Une asymétrie écrasante

Le génie de l’étude réside dans sa granularité. Manzi distingue les articles qui traitent explicitement de questions de pouvoir, d’inégalités, de politiques publiques, d’identités, etc. des autres. C’est sur ce sous-ensemble que le biais apparaît le plus spectaculaire. Mais surtout, ce n’est pas la surabondance d’extrêmes gauches qui tire la moyenne : c’est l’absence quasi totale de travaux de droite ou même centristes. Le vide à droite est abyssal. Dans la plupart des disciplines, les positions de centre-droit ou de droite représentent moins de 10 %, parfois moins de 5 %.

L’homogénéité idéologique est elle-même corrélée à l’intensité du biais : plus une discipline est à gauche, plus elle est monolithique. Les disciplines proches des décisions concrètes (économie, science politique, sociologie appliquée) ont connu une légère modération à droite entre 1970 et 1990 – probablement sous l’influence des chocs pétroliers, de la crise économique et des politiques reaganiennes-thatchériennes. Mais dès les années 1990, la dérive reprend, accélérée après 2010. Les disciplines comme l’anthropologie, les études culturelles, la sociologie critique, n’ont jamais connu ce répit : elles ont glissé inexorablement toujours plus vers la gauche tout au long de la période.

Enfin, et ce n’est pas le moindre enseignement, le clivage économique/socioculturel s’est creusé : les résumés portant sur les questions d’identité, de genre, de race, de sexualité sont beaucoup plus à gauche que ceux traitant d’économie ou de politiques fiscales. Et cet écart s’est élargi avec le temps. Le « woke » n’est pas une mode passagère ; il est le produit logique d’une dynamique interne à la production académique depuis des décennies.

Pourquoi c’est grave : la science au service d’une idéologie

Ce n’est pas une simple affaire des « opinions personnelles » de professeurs. Comme le rappelle Manzi dans son introduction, des décennies d’enquêtes montraient déjà que les facultés de sciences sociales et de lettres sont massivement à gauche. Mais jusqu’ici, on pouvait arguer que cela n’affectait pas nécessairement la recherche elle-même. L’étude de Manzi balaie cet argument. Les résumés sont le miroir fidèle de ce que les disciplines considèrent comme « scientifique » : choix des sujets, cadrage des problèmes, vocabulaire légitime. Quand 90 % des travaux pertinents politiquement adoptent un prisme de gauche – inégalités systémiques, oppression structurelle, nécessité d’interventions étatiques ou identitaires –, la connaissance produite devient un outil de légitimation idéologique plutôt qu’un instrument de compréhension désintéressée.

Les conséquences sont colossales. D’abord sur la politique publiquePendant soixante ans, les décideurs, les médias, les juges, les fonctionnaires européens et français ont été abreuvés d’une littérature qui présente comme « faits scientifiques » des interprétations orientées : la criminalité comme produit exclusif du racisme systémique plutôt que de facteurs culturels ou familiaux ; les différences de genre comme construction sociale arbitraire ; l’immigration comme bénéfice net inconditionnel ; les inégalités économiques comme résultat d’une « domination » plutôt que de choix individuels ou de dynamiques culturelles. On comprend mieux pourquoi les politiques multiculturalistes, la déconstruction des normes familiales, la « décolonisation » des programmes scolaires ou la judiciarisation des questions de genre ont pu être présentées comme des évidences scientifiques alors qu’elles étaient des choix idéologiques.

En France, l’importation de ces cadres anglo-saxons a été particulièrement destructrice.Nos propres sciences sociales, déjà marquées par l’héritage marxiste et post-structuraliste des années 1968, ont embrassé avec enthousiasme ce nouveau progressisme. L’EHESS, Sciences Po, le CNRS ont souvent relayé, parfois amplifié, ce biais. Résultat : un discours public où toute remise en cause des dogmes (sur l’insécurité, l’islamisme, la « diversité » obligatoire, le genre fluide) est immédiatement disqualifiée comme « réactionnaire » ou « non scientifique ». La parole du sociologue « engagé » vaut certificat de vérité ; celle du dissident, même armé de données, est soupçonnée de « complaisance avec l’extrême droite ».

Un appauvrissement intellectuel et démocratique

Le plus grave est sans doute l’effet sur la qualité même de la connaissance. Comme l’ont montré des expériences citées par Manzi (Schiekiera & Niemeyer sur les historiens, Borjas & Breznau sur l’immigration), l’idéologie influence non seulement le choix des sujets mais l’interprétation des données. Quand une discipline manque de contradicteurs internes, la confirmation biaisée devient la norme. Les théories qui contredisent le narratif dominant ne sont tout simplement pas testées, ou sont marginalisées. On aboutit à une science qui ressemble à une chambre d’écho.

C’est la démocratie elle-même qui est en jeu. Une société qui confie à une caste académique homogène le monopole de la légitimation « scientifique » des débats publics perd sa capacité à débattre sereinement. Les citoyens ordinaires, dont les intuitions (sur la famille, la nation, le mérite, la sécurité) sont systématiquement contredites par « la science », finissent par se détourner des élites ou par radicaliser leur opposition. Le populisme n’est pas la cause ; il est souvent la conséquence d’une fermeture idéologique des institutions du savoir.

Il est temps de réagir

L’étude de James Manzi n’est pas un pamphlet conservateur ; c’est un travail rigoureux qui a passé tous les tests de robustesse imaginables. Elle confirme ce que des voix courageuses comme celles de Thomas Sowell, Charles Murray, ou en France d’un Jean-Claude Michéa ou d’un Michel Onfray, dénoncent depuis longtemps : les sciences sociales contemporaines ne sont plus neutres. Elles sont devenues l’aile marchante culturelle d’une idéologie progressiste qui a conquis l’université avant de coloniser les institutions.

Pour sortir de cette impasse, plusieurs pistes s’imposent. D’abord, exiger une véritable diversité de points de vue dans les recrutements et les revues. Pas la « diversité » identitaire qui masque souvent une uniformité idéologique, mais la diversité intellectuelle réelle : conservateurs, libéraux classiques, populistes, traditionalistes doivent avoir leur place. Ensuite, renforcer la transparence méthodologique et l’obligation de publier les données brutes. Enfin, décentraliser le financement public de la recherche pour permettre l’émergence d’instituts indépendants capables de produire une contre-expertise.

L’étude de Manzi est un signal d’alarme. Elle montre que le problème n’est pas conjoncturel mais structurel, ancien et auto-renforçant. Les sciences sociales ne retrouveront leur légitimité que lorsqu’elles cesseront de servir une cause pour redevenir ce qu’elles prétendent être : une quête désintéressée de vérité sur l’homme en société. Faute de quoi, elles continueront à creuser le fossé entre le peuple et les élites, entre le réel et le discours, entre la France réelle et la France des facultés.

Il est grand temps que les responsables politiques, les mécènes et les intellectuels de bonne volonté prennent la mesure de cette réalité. La liberté académique véritable passe par la fin du monopole idéologique.

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4 réponses à « Les sciences sociales : soixante ans de propagande de gauche »

  1. […] courants de la sociologie contemporaine  ! Karl Popper, the open societies and its ennemis Les sciences sociales : soixante ans de propagande de gauche Si , la sociologie attire des chercheurs militants pour les thèses de gauche, c’est parce […]

  2. Avatar de Armelle Blanchard
    Armelle Blanchard

    On va finir par devoir quitter la France à ce rythme et vite en plus.

  3. Avatar de Brigitte Van Peel
    Brigitte Van Peel

    On a la propagande que l’on mérite. Le désintérêt ambiant pour voter procède de ce lavage de cerveaux opéré par la gauche.

  4. Avatar de Margueritte
    Margueritte

    La gauche a largement gagné la bataille des idées et elle occupe tout le terrain médiatique sans véritable opposition.

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commentaires
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  1. Avatar de Gérard Coutant
  2. Avatar de Gérard Coutant
  3. Avatar de Ange Castaldi

    Titre et image sont excellents et très réalistes. L’État est un racketteur mais sous Macron c'est carrément la mafia.

  4. Avatar de Sydney Farrow
  5. Avatar de Henri Lamazère
  6. Avatar de Catherine Rozières

    Très bon portrait de Knafo par Ophélie Roque, on ressent que cette dernière apprécie beaucoup Knafo. Le RN serait bien…

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