Par Ophélie Roque
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Et un nouveau portrait qui vaut le détour !
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On pose la bouteille de Ricard, on recrache l’olive à demi-machouillée et on (re)découvre Prisca, nouvel accessoire mode indispensable à VOTRE été.
On ❤️ et on partage aux copains

Prisca Thévenot, la parole sans le verbe
Souvenez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme /Ce beau matin d’été si doux/ Au détour d’un sentier une charogne infâme
Pas même une charogne ! Baudelaire qui avait un peu ses raisons d’être ébloui par le néant ne saurait même plus que faire devant pareille désolation. Tout dépité, déconfit le poète ! L’enfer a décidément songé à tout ! Et il est vrai qu’en termes de politique de la terre brulée, on a rarement vu plus spectaculaire. Prêtresse de guingois, mysticisme de foire, invraisemblable porte-parole d’un non moins invraisemblable gouvernement. Mais puisque tout coule et finit au tout-à-l’égout…
Elle vient de Strasbourg (qu’on pardonne à la cité pourtant trois fois allemande) et incarne à la perfection le profil même de ce qu’est un « bébé » de la macronie. Après une (courte) carrière dans le conseil et la communication d’entreprise, Prisca Thévenot entre en politique par la plus enthousiasmante des portes : Renaissance dont elle deviendra la porte-parole en 2020, avant d’être élue conseillère régionale, députée des Hauts-de-Seine, ministre déléguée et …re porte-parole mais du gouvernement Attal cette fois-ci. Etonnante boucle, singulière métamorphose (plus étrange que rose virant fumier). Ascension sans cause, triomphe sans idée.
De sa bouche s’écoule en flots tièdes l’immobilisme des éléments de langage : ni vrais, ni faux, ni chauds ni froids, présents comme la vase recouvre la surface d’un marécage. On lui demande -sublime vestale- de porter la parole du gouvernement, elle la porte. On ne lui a jamais demandé d’y loger une pensée et, bête obéissante, elle n’en a mis aucune.
Mais vient le printemps 2024, saison des verts feuillages et des nouvelles trahisons. Saison aussi de la grande débandade tant le casting qui a précédé le choix de son entourage fut catastrophique. L’un prit la poudre d’escampette quand l’on découvrit qu’il avait vadrouillé à la droite de la droite ; l’autre déserta quand on révéla son penchant pour les prophètes du Kremlin. Le Renouveau démocratique sait décidément bien s’entourer. Le douze du mois d’avril, trois membres de son cabinet s’enfuient. Le vingt-six, trois autres encore. Bergère réveille-toi, ton troupeau se fait la malle ! Deux tiers de perte ce n’est plus un massacre, c’est une hécatombe ! Les prairies recouvertes d’ossements. Tous ont fui comme des rats désertant la cale. Non seulement parce que le navire coulait mais aussi parce qu’ils n’en pouvaient tout simplement plus des jérémiades du capitaine. Visiblement assommée, la communication bégaie, se fige comme le gras du bouillon ! Un comble au vu de la profession. Elle reconnaîtra d’ailleurs une certaine approximation dans la gestion de crise. Attal, calife à la place du calife, détournera d’ailleurs pudiquement les yeux. Une brèche ? Quelle brèche ? De l’eau ? Quelle eau ?
Mais le gouvernement chute et la pièce s’arrête brutalement en septembre. Changement de gouvernement, changement de speakerine. On la remercia des innombrables (car après tout comment compter le zéro ?) services rendus à la patrie et une autre prit le micro. La passation entre les deux crazy ladies a dû être particulièrement agréable. Quant à Prisca, elle retourna s’asseoir sur les bancs de l’Assemblée sans rien laisser derrière elle. Pas même l’empreinte vacillante d’un pas sur le sable mouillé. Rien de grand ne reste si ce n’est la désagréable impression d’avoir approché d’un peu trop près une plante urticante. La rue (ruta graveolens) ou l’ortie quoi ! Vous me direz qu’à l’inverse de Prisca la grande qualité de l’ortie c’est qu’on peut encore en faire une soupe, l’inverse n’étant pas vrai…
Elle n’est ni un accident (voir Maud), ni une bizarre excroissance mais le fruit blet d’une République qui produit des flux de mots comme certains ont des flux de ventre. Et qu’on ne se fasse aucun souci pour elle, elle survivra. Assise sur le rivage, elle attend la prochaine marée, la prochaine occasion d’expliquer d’une voix égale pourquoi cet énième naufrage est, en fait, une croisière parfaitement réussie. Prisca, c’est aussi -et surtout- l’art de couler sans ne jamais sombrer.

Ophélie Roque
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