Par Ophélie Roque
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Et un nouveau portrait qui vaut le détour !
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« Résultat, la gauche est éliminée dès le premier tour un certain 21 avril 2002. La boulette ! En tant que premier secrétaire, Hollande porte bien évidemment sa part de responsabilité dans cette déroute jamais vue depuis la débâcle d’Azincourt mais n’en tire aucune conséquence personnelle. Jospin part, lui reste »
François Hollande, les nains aussi ont commencé petits
J’ai un jour rencontré François Hollande au détour d’un plateau et, un peu fâchée qu’il ne salue pas une payse, je lui avais fait la remarque qu’il était bien triste qu’il ne reconnaisse plus les siens une fois en dehors de son département d’adoption. Soyons honnête en tout, il fut charmant ! Il donnait l’impression d’être la version aimable et chaleureuse d’un Oswald Cobblepot, tout en charme et drôlerie. Anyway…
François voit le jour en l’an 1954, dans une maison bourgeoise de Rouen (décidemment, la Normandie revient souvent dans cette série) où le père, médecin de son état, penche vers « la droite de la droite » et se montre -en plus- cassant et brusque envers ses enfants. Rendu à l’âge d’homme, François choisira non point la révolte des grands mais l’esquive des prudents. S’il faut choisir entre Danton ou le notariat, le choix est vite fait. Son parcours relève d’ailleurs de la parfaite orthodoxie : HEC, Sciences Po, l’ENA promotion Voltaire (Voltaire, pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font!) et la Cour des comptes en sortie. À peine chié, déjà casé. La métaphore est un peu brutale mais elle vient du terroir. Repéré par Jacques Attali (encore lui) Mitterrand l’expédie en Corrèze -on se débarrasse des importuns comme on peut ! Face à un Jacques Chirac en territoire plus que conquis, il perd d’abord mais, obstiné comme la tique, il parvient ensuite à s’implanter méthodiquement. Tulle devenant le décor rustique d’un roman personnel soigneusement entretenu. Au fond Hollande, c’est ce notable à l’ancienne qu’on rencontre le dimanche matin autour des étals du marché, invariablement disponible tout en étant convaincu qu’il vaut bien mieux que la masse des gens qu’il salue. La face épanouie, le ventre rebondi, il coche toutes les cases du notaire ravi. Une épouse officielle pour les convenances et des maitresses -par-ci, par-là- parce qu’après tout chaque homme est un peu cochon au fond de lui-même et que la saison des maisons closes est passée. Quelqu’un d’absolument et de parfaitement normal donc.
Mais revenons sur la phase d’ascension. Quand Lionel Jospin devient Premier ministre et abandonne la direction du Parti socialiste, il fallut bien qu’un épicier tienne la boutique. Ce sera Hollande, le bonhomme rond, conciliant, faussement benêt et qui ne dérange personne. Pendant onze ans, il dirige le PS avec l’onctuosité d’un chanoine observant d’un œil patelin les déchirements internes et se gardant bien de trancher quoi que ce soit. La farce est trop drôle et puis, de toute manière, Dieu décidera.
Mais ce que François aime avant tout c’est la « synthèse », exercice consistant à agréger ensemble des idées contradictoires en un texte suffisamment vague pour que chacun puisse y retrouver ses petits. Résultat, la gauche est éliminée dès le premier tour un certain 21 avril 2002. La boulette ! En tant que premier secrétaire, Hollande porte bien évidemment sa part de responsabilité dans cette déroute jamais vue depuis la débâcle d’Azincourt mais n’en tire aucune conséquence personnelle. Jospin part, lui reste. L’air de rien, avec le sourire bonhomme de celui qui ne vit encore que parce qu’il a su se faire un rempart du corps de ses camarades tombés au champ de bataille. En 2005, nouveau séisme, le référendum sur le traité européen fracture le PS en deux : Hollande fait campagne pour le oui, l’autre moitié pour le non. Un chef eût tranché et recousu la plaie à vif. Lui, préfère tenter une nouvelle synthèse. On eût dit un praticien qui, trouvant son patient sectionné en deux par un coup de canon, lui recoud les moitiés de travers et le déclare guéri. Le parti sort de là exsangue et illisible quand lui s’en sort indemne. C’est que les méduses flottent.
Puis, en 2007, survient l’improbable : Ségolène Royal ravit l’investiture qu’il n’osait franchement demander. Il observe alors la campagne de sa compagne comme on regarde passer son propre convoi funèbre. On est bien encore un peu vivant à l’intérieur du catafalque mais enfin tout ceci est si gentil qu’on n’ose pas déranger en disant qu’on vit encore. Ce ne sera pas pour cette fois, ni pour elle, ni pour lui. Mais François a un talent immense, il sait profiter de la déveine des autres pour s’installer -tel le coucou- en leur nid, quitte à balancer leurs œufs pour les voir s’écraser au sol. Oh ! Les jolies couleurs ! Toute sa carrière tient sur un enchaînement de vides qu’il a su combler. En mai 2011, après que DSK a joui dans une chambre d’hôtel de New York, une voie royale (vous l’avez ?) s’ouvre alors à celui qui n’était encore le premier choix de personne. Branle-bas dans les brancards, il faut une doublure ! Et vite encore ! On le ressort et, ô miracle, il l’emporte face à un Sarkozy alors honni, sa seule promesse consistant à ne pas être l’autre. On a connu plus aguichant comme programme mais en temps de désespoir, les borgnes sont rois. Et, un instant, lors d’un discours au Bourget le cœur de la gauche a frémi. Il ose et se prend à désigner la finance comme son principal ennemi….avant d’installer à Bercy un jeune banquier d’affaires, futur Brutus en gilet cintré.
Son mandat débute sous des trombes d’eau, limite si un éclair ne vient pas le traverser. Le Ciel dispense parfois de ces avertissements ! Mais le président normal a tôt fait de devenir le président banal et le mandat vire à la farce quand il ne tourne pas au crépuscule. Entre deux marasmes, quelques éclats de rire, comme la fois où Léonarda, collégienne de 15 ans est interpellée lors d’une sortie scolaire. Back to Kosovo. Petit problème, l’affaire commence à faire scandale et notre Salomon de Tulle décide que l’enfant peut revenir à condition qu’elle revienne sans ses parents. À force de couper les poires en deux, il en oublie que l’exercice est des plus malvenus quand la poire est humaine.
L’histoire est si connue qu’on hésite à l’aborder mais il nous faut rapidement évoquer la « une » de Closer immortalisant un Cupidon franchouillard en route vers ses adultérines amours. Les traits étant remplacés par des croissants et les bouclettes juvéniles par un casque de moto. Quant à l’officielle en titre, Valérie T. (préservons son anonymat) elle fut répudiée par communiqué de presse : dix-huit mots pour solde de tout compte..à peine plus qu’un mail quand on résilie un abonnement.
Tout ceci ne lui portera pas chance puisqu’en 2016 il n’obtient que 4% d’opinion favorable. Ne reste plus qu’un légiste vienne constater un décès que la République, par pudeur, se refuse à signer. C’est que l’encéphalogramme est plat, il serait temps de songer à débrancher. Ah non ! Le cadavre bouge encore, c’est renouveler les baquets de Mesmer ! Il y a des fluides partout, pire qu’une séance de spiritisme qui aurait mal tourné ! Qu’à cela ne tienne, Emmanuel Macron -l’enfant prodigue- se charge de la sale besogne et finit par achever (avec amour) son ancien mentor. Criblé de coups, chancelant et pantelant Hollande renonce à se représenter. Las, en chutant le dernier Eléphant écrase sous lui son propre parti. Le PS s’éteint.
Le rideau aurait dû tomber à la fin du Vème acte mais ces individus-là ne sortent jamais de scène ; ils s’accrochent aux voilages s’il le faut. Les années qui suivirent ne furent qu’une sempiternelle tournée d’adieux ne voulant pas s’achever. Nostalgie mal boutonnée d’un roi déchu qui, en 2024, profite d’une dissolution inespérée pour se faire réélire député de Corrèze. Et tant pis si pour cela il doit tendre la main à celui qui l’avait traité de « capitaine de pédalo » et qu’il doive embrasser d’un peu bien près le programme de la France Insoumise. Le jeu en vaut la chandelle puisque, de député à président, il n’y a parfois qu’un pas.

Ophélie Roque
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