Sauve-qui-peut dans les ministères…


La vie n’est plus un long fleuve tranquille…

binoculars

Sauve-qui-peut dans les ministères…

Par ANNE ROVAN MARIE VISOT

À moins d’un an de la présidentielle, les gardes rapprochées des ministres et du elyseecouple à la tête de l’exécutif cherchent à se recaser dans le privé ou dans l’administration. Une tâche plus compliquée que par le passé pour ces conseillers de l’ombre.

La scène se déroule fin juin, à l’Hôtel de Matignon. Un important conseiller de Manuel Valls reçoit le patron français d’un groupe européen. Durant l’entrevue, le collaborateur du premier ministre n’en finit pas de s’extasier sur les projets d’expansion de l’entreprise. « C’est formidââââble ce que vous faites ! lui lance-t-il. C’est tellement bien ! » À la fin du rendez-vous qui suinte la flagornerie, il inscrit son numéro de portable sur sa carte de visite et la tend au patron : « Vous ­pouvez m’appeler quand vous voulez… »
« Je n’ai jamais vu ça, confie, médusé, le consultant qui a organisé la rencontre. D’habitude, durant ce type d’échanges, les conseillers portent peu de jugement. Ils prennent des notes et demandent quelle aide peut concrètement apporter le gouvernement. Ce collaborateur de Valls veut se recaser. Ça ne fait aucun doute. » Se recaser. Le plus vite possible. Et le mieux possible. Quitter le Titanic avant – peut-être – qu’il sombre. En mai 2017. C’est désormais la devise des gardes rapprochées des ministres, du premier d’entre eux et du président de la République. Au total, ils sont près de 500 conseillers à chercher la porte de sortie.
Seuls quelques irréductibles ne quitteront pas le navire. Parmi eux, le jeune et bouillonnant conseiller en communication du président, Gaspard Gantzer. « Je vais rester jusqu’au bout de ce quinquennat, dit-il. Je suis administrateur civil. J’étais au ministère des ­Affaires sociales, comme Martine Aubry. Je n’ai aucun stress. » Beaucoup d’autres songent à partir. Mais tous ne sont pas logés à la même enseigne. D’un côté, les fonctionnaires détachés dans les cabinets, qui sont assurés de retrouver une place dans leur adminis­tration. De l’autre, les contractuels – notamment les chefs de cabinet, conseillers communication, conseillers parlementaires -, qui doivent repartir dans le privé.
Chiens, chats et singes
« Il y a trois profils : les chats, les chiens et les singes, s’amuse Nicolas Boudot, ancien conseiller sous la droite, désormais associé au sein du cabinet Tilder, où l’on voit les CV arriver depuis quelques semaines. Les chats sont attachés à un ministère et spécialistes d’un domaine. Les chiens sont liés à une personnalité politique qu’ils suivent au gré des remaniements. Et les singes passent de branche en branche, d’une personnalité à une autre, d’un ministère à un autre. Ce sont des francs-tireurs. » Chez les « chiens » et les « singes », la pression monte dangereusement. « Si mon ministre a besoin de moi, je serai toujours là. Mais, maintenant, je cherche à partir. Il sait que je veux rebondir et il l’accepte », avoue un conseiller en poste depuis le début du quinquennat. « Il faut y penser dès maintenant parce qu’il va y avoir embouteillage. Il y a la première vague des conseillers ministériels et la deuxième vague des collaborateurs des députés », s’inquiète un autre.
Dans les palais dorés de la République, ces collaborateurs – souvent très bien payés – parlent aussi gros sous. Et s’interrogent entre eux : « Et toi, tu serais prêt à baisser de combien ton salaire si tu pars dans le privé ? » « Les salaires nets varient de 4 500 euros pour un jeune chargé de mission de 25 ans, jusqu’à 11 000, 12 000, 13 000 euros pour les conseillers les plus gradés. Des rémunérations hors sol, surévaluées de 20 à 30 % par rapport à ce que vaut la personne ! », estime ­Antoine Gimenez, du cabinet de recrutement Citéa.
Les grandes manœuvres ont débuté. Certains des postes actuellement vacants sont pris d’assaut. « Chez Allianz, un job de directeur de la stratégie est ouvert. Ils reçoivent un monceau de CV de la Répu­blique ! », admet un financier. À Matignon, Yves Colmou et Sébastien Gros, respectivement conseiller spécial et chef de cabinet du premier ministre, commencent à recevoir la dizaine de contractuels de l’équipe. Leur conseil : multiplier les prises de contact, les déjeuners, les rendez-vous. « On aimerait que tu restes jusqu’au bout, mais si tu trouves un poste, alors on t’encouragera à le prendre », aurait dit Colmou à l’un d’eux. Des collaborateurs qui se mettent à l’affût d’opportunités et des ministres qui cherchent à leur trouver une piste d’atterrissage alors que soufflent des vents contraires l’année précédant une élection présidentielle, cela n’a rien d’exceptionnel ! C’était déjà le cas sous Sarkozy. Et avant cela, sous Chirac.
Les passages en cabinet peuvent être de puissants accélérateurs de carrière. Dans le public comme dans le privé, une fois que les commissions ad hoc ont donné, à tort ou à raison, leur feu vert. Le poste de conseiller économique de l’Élysée ouvre de grandes portes. Et ceux qui l’occupent le savent bien ! Du coup, la valse est lancée depuis plusieurs mois. En janvier, Laurence Boone, qui avait hérité des sujets d’Emmanuel Macron lorsque celui-ci a été nommé à Bercy, a rejoint l’assureur Axa pour devenir économiste en chef du groupe et responsable de la recherche d’Axa Investment Managers. On est « venu m’offrir une très belle opportunité qui ne se présente pas souvent », affirmait-elle alors. Jean-Jacques Barbéris – désormais célèbre pour avoir fait la une de L’Obs en tant que « jeune garde » de François Hollande – avait alors récupéré une grande partie de ses dossiers. Avant de rejoindre, quelques mois plus tard, Amundi pour s’occuper des fonds souverains… Hollande a un temps songé à faire revenir quelqu’un. En cette fin de quinquennat, ses plus proches collaborateurs ont même reçu des candidats. Avant de renoncer. « J’ai été surpris : on m’a demandé si j’étais bien sûr de vouloir quitter mon job pour venir éteindre la lumière à l’Élysée ! », raconte l’un d’eux, en riant.
Les départs s’accélèrent aussi dans les équipes ministérielles. Hugo Richard, le chef adjoint de cabinet du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, vient de rejoindre Airbus Safran Launchers. Sébastien ­Dessillons, ancien conseiller entreprises de Valls, a intégré BNP Paribas. Jean-Christophe Roubin, conseiller diplomatique à l’Agriculture, est désormais au Crédit agricole. Un conseiller de Macron serait sur le point de partir chez Thales. Dans le privé, la porte d’entrée la plus évidente reste celle des affaires publiques. C’est celle qu’a choisie l’ex-numéro deux du Trésor passée par l’Élysée, Sandrine Duchêne, lorsqu’elle a rejoint Axa. À la clé, pour ces entreprises, la perspective de relations plus fluides auprès des ­institutions et des politiques.
Les conseillers qui reviennent dans leur administration peuvent aussi connaître de très belles progressions. Un remerciement pour bons et loyaux services à ceux qui ont eu des « vies de chien ». Philippe Mauguin, 53 ans, directeur de cabinet de Stéphane Le Foll depuis le début, devrait prendre la tête de l’Ins­titut national de la recherche agronomique (Inra). Renaud Villard, l’ex-conseiller en charge des re­traites et de la famille au cabinet de Marisol Touraine, a été nommé, à 39 ans, directeur de la Caisse nationale d’assurance vieillesse. Odile Renaud-Basso, ancienne directrice adjointe du cabinet de Jean-Marc Ayrault à Matignon, vient, elle, de prendre la Direction du Trésor à Bercy – en remplacement de Bruno Bézard, parti subitement pour un fonds d’investissement franco-chinois. Ces nominations prestigieuses sont scrutées, analysées, critiquées. Mauguin en sait quelque chose.
Concurrence féroce
Toutefois, l’arbre peut cacher la forêt car les points de chute se font plus rares qu’avant. Pas grand-chose à attendre des collectivités territoriales. Depuis le début du quinquennat, toutes les élections intermédiaires ont été des échecs pour la gauche. Du coup, les rares mairies, départements ou régions conservés ou conquises par la gauche sont pris d’assaut. À Paris, le cabinet d’Anne Hidalgo a reçu une trentaine de candidatures spontanées depuis avril ! « Quand des postes se libéreront, on regardera dans le vivier des candidatures, promet le directeur de cabinet d’Hidalgo, Mathias Vicherat. Mais on ne va pas créer des postes de toutes pièces. » Dans l’administration, les directions centrales des ministères ont fondu, après des fusions et rationalisations. Tout comme les services déconcentrés de l’État en régions. Conséquence : la concurrence est plus féroce que naguère. « Avant, il y avait sept directions centrales au ministère de l’Agriculture, il n’y en a plus que trois », déclare Philippe Mauguin.
Pour ceux qui souhaitent rebondir dans le privé, la tâche n’est pas plus aisée. L’époque où 18 mois de cabinet valaient 10 ans d’expérience ailleurs semble révolue. « Je ne recommande plus à un jeune de passer par la case ministère pour se faire un carnet d’adresses et acquérir de l’entregent, il y a aujourd’hui bien mieux pour ça », selon un patron du CAC 40. Nostalgique, un chasseur de têtes raconte : « Souvenez-vous de la dream team de DSK à Bercy, et regardez où ils sont aujourd’hui. » Son ex-directeur de cabinet Villeroy de Galhau ? Gouverneur de la Banque de France après une carrière chez BNP. Matthieu Pigasse ? Il règne sur les fusions-acquisitions de Lazard. ­Frédéric Lavenir est directeur général de l’assureur CNP. ­Nicolas Théry est à la tête du Crédit mutuel et Sté­phane Boujnah d’Euronext. Dans l’administration, Jean Pisani-Ferry est aux commandes de France Stratégie, la cellule de prospective rattachée à Matignon ; Kim Pham dirige la Comédie-Française. « Je ne veux pas insulter l’avenir, mais j’en vois peu pour l’instant qui peuvent prétendre à ce genre de ­carrière », poursuit le professionnel du recrutement.
Certains conseillers n’ont pas encore pris toute la mesure de la difficulté. « J’ai reçu récemment un jeune du ministère des Finances qui n’avait pas préparé notre entretien, prenait les choses un peu à la légère. Comme si son statut donnait comme acquis que j’allais lui offrir un job ! », dit un responsable d’une grande entreprise du monde de la finance. Qui ne lui a, par la suite, rien proposé… Trop jeunes, pas d’expérience de terrain, des ministres qui ne révèlent pas les talents ? Peut-être un peu de tout ça à la fois… Un changement d’époque et de dimension aussi. « Le monde est beaucoup plus ouvert. Il est dominé par des start-up qui n’en ont rien à foutre de ce qui se passe dans les palais de la République, assène le directeur de la communication d’un grand groupe. Si je devais recruter un responsable des relations presse, je n’irais pas le chercher chez ­Macron. Je prendrai un digital native. » Le conseiller d’un ministre, qui cherche à se caser, soupire : « On a fait les grandes écoles, on est passé par l’administration, on a fait du cabinet, rencontré des tas de gens ; mais, finalement, nous ne rentrons dans aucune case des grandes entreprises : ressources humaines, ­commerce, marketing. Il faut tomber sur un patron qui décide de croire en nous et de prendre un risque. » Ces patrons-là ne sont pas nombreux…

 ANNE ROVAN MARIE VISOT

Anne Rovan Le Figaro

Source LE FIGARO

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

SUIVEZ ! PARTAGEZ !

LOGO OBS

Recevez gratuitement par mail les articles publiés chaque semaine avec

La Semaine du MENSONGE


NB : vérifier que notre mail n’arrive pas dans vos indésirables…OBSERVATOIRE DU MENSONGE 2014 copie
Copyright obligatoire en cas de citation ou de transmission de cet article, vous pouvez le copier :
ANNE ROVAN MARIE VISOT pour LE FIGARO
Pour tous les mots ou phrases qui sont suivis de ce signe © vous devez également citer le copyright ci-dessus défini.
Avertissement : Tous les commentaires sont de la responsabilité de leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de L’Observatoire du MENSONGE et le site se réserve le droit de ne pas publier un ou des commentaires sans avoir à justifier sa décision.
Evitez de mettre des liens car votre commentaire sera supprimé par le système.

Observatoire du MENSONGE est un site d’opposition qui ne perçoit aucune aide. Vous voulez soutenir notre action ? C’est simple devenez gratuitement SUIVEUR du site : pour cela cliquez en haut à droite du site sur la case SUIVRE et laissez-vous guider…
Vous pouvez aussi nous aider en faisant un don : cliquez juste sur le coeur ci-dessous (notre plate forme est totalement sécurisée). MERCI !

LOGO OBS

♣ ♣ ♣ ♣ ♣ ♣ ♣

Un grand merci à vous tous qui faites le succès de l’Observatoire du MENSONGE présent dans 178 pays et suivi par + 180.000 LECTEURS ! + 40 auteurs pour des tribunes libres vraiment libres !

Pour contacter l’Observatoire du MENSONGE: Cliquez ICI

Publicités

4 réflexions sur “Sauve-qui-peut dans les ministères…

  1. Janine

    Rappelons-nous les discours électoraux de celui qui a été élu à la majorité, et ce qu’il a fait depuis!
    il a beaucoup détruit, et il continue, avec ses ministres!
    A ce rythme-là, que restera-t’il de notre pays?

    Ceux qui travaillent pour leur système de destruction, ne sont pas sans savoir que le peuple en a vraiment marre à un point tel, qu’il y a longtemps que ça n’était pas arrivé à ce point-là.
    Je ne plaindrai surtout pas ceux qui veulent se recaser, et j’espère qu’ils n’y arriveront pas, mais pas d’illusions à se faire, il y aura toujours « du monde » qui appréciera ce genre de personnage!

    J’espère simplement qu’un jour, ces traîtres à leur pays le paieront très cher!!!
    On peut toujours espérer, on dit bien que l’espoir fait vivre…!!!

    Une chose qui m’a toujours très étonnée, au sujet de tous ces hommes politiques : ministres, députés, sénateurs, maires, Présidents… etc…, n’ont pas besoin d’avoir un casier judiciaire vierge pour une place telle que la leur!!!!
    C’EST UNE HONTE car, lorsqu’on pense que, pas seulement pour les fonctionnaires, mais, pour tous ceux qui sont prétendant à une place de simple Contractuel(le) de l’Etat doivent avoir un casier judiciaire vierge!!!!!!!!!????
    En fait, plus vous êtes bas dans l’échelon, et plus vous devez être honnête!!!
    Et le contraire est aussi vrai : plus la fonction est élevée et plus les personnes sont et ont le droit d’être pourries…!!!

    Il faudrait une loi qui interdisent aux personnes impropres « judiciairement » de se présenter à toutes ces fonctions haut placées!!!
    Bien à vous

    J'aime

  2. Valérie Laugier

    Je ne vais pas pleurer sur le sort de tous ces nantis qui sont en train de démolir la France. Qu’ils aillent donc à Pôle Emploi comme tout le monde pour constater dans quel état ils ont mis le pays.

    J'aime

  3. michel43

    cette FUITE , est clair ,il savent que L.UNION de la Gauche a AUCUNE CHANCE en 2017…se sera donc Mme LEPEN du Front National…contre un de la Droite la plus bête du Monde, qui a volontairement ,laisser le pouvoir a HOLLANDE Pour QUI..voteront les camarades Ouvriers, TRAHIE pars les Socialistes….surement PAS ,pour un de cette Droite ,avec un programme d » Arriérer ,

    J'aime

Laisser votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s