Tribune] Intervention d’Emmanuel Macron
Par Stéphane Buffetaut
Un Président incertain et confus
Le président de la République semble avoir pris goût à venir s’exprimer à la télévision. Les Français ne paraissent pas avoir pris goût à l’écouter. Ils étaient 5,38 millions, le 12 octobre, pour des thèmes de politique internationale, mais seulement 4,07 millions le 26 octobre. Une baisse notable, donc. Or, il s’agissait de traiter des sujets de politique intérieure, « les urgences françaises », supposées de plus d’intérêt pour nos concitoyens.
La péroraison se voulait pédagogique, elle fut surtout technocratique. Et étrangement vague, incertaine et même contradictoire, par moments. Le démarrage avec une avalanche de chiffres et de graphiques augurait mal de la suite pour susciter l’intérêt. Même si le Président a rappelé des vérités toujours bonnes à dire, et notamment que nous sommes le pays le plus taxé de l’Union européenne et même de l’OCDE (46,1 %), où la part de dépense publique par rapport au PIB est la plus forte (59,2 %) et que nous sommes également un des pays de l’UE où l’on travaille le moins. Ce qui vide de tout sérieux le discours de la gauche, et notamment de la NUPES, réclamant plus de taxation.
Mais faire des constats est bien, agir est mieux, et l’on est en droit de se demander où tout cet argent part ? L’État est de plus en plus incapable d’assurer ses fonctions régaliennes, la Justice manque de moyens, l’hôpital public est en déshérence, les policiers travaillent trop souvent dans des conditions lamentables, l’Éducation nationale ne cesse de baisser en qualité et nos armées manquent de moyens. La réponse est sans doute dans une fonction publique pléthorique. À titre de comparaison, la France compte 5,6 millions de fonctionnaires (ministère de la Transformation et de la Fonction publiques) pour 66 millions d’habitants et l’Allemagne 4,6 millions de fonctionnaires (Statistiches Bundesamt) pour 82 millions d’habitants ! Il convient aussi d’ajouter que notre pays a une politique d’aide sociale généreuse et largement ouverte au monde. En 2020, les prestations sociales ont représenté 872 milliards d’euros, sans compter les 46 milliards dus à la crise sanitaire, soit 35,4 % du PIB (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques).
À propos de la réforme des retraites, sujet qui, de façon évidente, tient à cœur au Président, le propos fut assez peu clair avec des variations sur l’âge légal de départ à la retraite et la durée de cotisation. Il est notable qu’à aucun moment ne fut vraiment abordé le problème de fond. Un système de retraite par répartition a besoin, pour être équilibré, d’une démographie stable, donc d’une politique familiale forte et durable dans le temps. Or, non seulement la gauche n’a eu de cesse de la transformer en politique sociale et d’en éroder le caractère universel, mais encore la doxa de la majorité est ouvertement hostile à la famille et à la natalité.
À propos des questions d’insécurité, le propos présidentiel fut surtout incohérent. Après avoir fièrement déclaré qu’il ne ferait jamais « un lien existentiel entre l’immigration et l’insécurité », il finit par reconnaître qu’à Paris, l’immigration illégale « est très présente dans les faits de délinquance ». On chercherait en vain un lien logique entre la pétition de principe et les faits. S’il est évident que tous les immigrés ne sont pas tous des délinquants et que toute généralisation serait fausse et injuste, il est impossible de dissocier totalement immigration, et notamment immigration illégale, de la délinquance. Tous les chiffres le démentent. Selon le ministère de l’Intérieur, à Marseille, 55 % des délits sont commis par des étrangers, à Paris 48 % et à Lyon 39 %. Dans son étrange discours aux préfets du 15 septembre dernier, Emmanuel Macron avait relevé « un retour à la violence relativement inédit » et déjà incriminé les réseaux sociaux et la nécessité de simplifier les procédures. La pensée présidentielle n’a évidemment pas évolué en un si court laps de temps, mais elle est un peu courte. À aucun moment on ne perçoit la volonté de rechercher les causes profondes de cette violence : immigration incontrôlée, choc de civilisations, faillite éducative, culture de l’excuse pour les délinquants, Justice débordée et emprise idéologique chez certains magistrats, sanctions insuffisantes… Faut-il, dès lors, s’étonner que les citoyens en viennent à faire justice eux-mêmes ? L’Histoire nous enseigne que c’est toujours le cas lorsque l’État devient impuissant et que la société sombre dans le chaos.
On notera, enfin, qu’en ce qui concerne les « zones à faibles émissions » prévues dans les métropoles et qui risquent d’exclure 50 % des Français de l’accès à celles-ci, notamment les plus modestes, le Président s’est borné à dire : « On ne doit jamais laisser les Françaises et les Français sans solution. » Là encore, un peu court, jeune homme.
En fin de compte, le président de la République apparaît plus comme une sorte de haut technocrate que comme un homme d’État. Il tient les chiffres, les graphiques et les a priori idéologiques pour la réalité. Sa pensée paraît sèche et comme détachée du réel. En s’inspirant de la une célèbre d’un quotidien du soir, il semblerait que la France l’ennuie. C’est bien ennuyeux pour les Français !

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Boulevard Voltaire

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