Un monde irréel 6.2

EXCLUSIF : l’inexorable déclin, entre le désengagement des peuples et la dégénérescence morale des élites… Chapitre 6.1

Un monde irréel

Par Daniel Desurvire

Chapitre 6.2

VI – La démocratie, l’authentique, n’aurait jamais existé. Toutes les politiques qui s’en réclament ne sont que de pâles succédanées

Selon le Boston Quarterly Review (11 janvier 1839) « Un parti qui ne serait pas perçu comme démocratique ne peut même pas devenir une minorité respectable ». Dans un second volet, il est annoncé que le petit peuple (selon Cicéron dans « La République ») ne peut agir sans ses représentants, car les masses populaires sont considérées immatures, présumées dépourvues de compétence. Or, la délégation du pouvoir est un principe d’efficacité isonomique (sorte d’oukase des électeurs en direction des élus) ; un postulat qui s’oppose à l’arbitraire. A contrario, l’insanité de la foule (l’ochlocratie : règne de la populace) peut engendrer le désordre, l’anarchie que seule la raison d’État peut contenir pour restaurer l’unité nationale. Sauf que l’oligarchie de l’exécutif aura choisi de provoquer cette anarchie à l’aide d’une immigration hautement toxique, pour y fonder sa propre dictature sociale-démocrate.
Pour l’exemple initiée par l’histoire latino sud-américaine, je choisis l’Argentine où l’installation du général Quiroga (de 1827 à 1829) surnommé le facundo, puis celle de l’hyperboréen Rosas (de 1829 à 1852) dominateur mystique et tyrannique, conférèrent au pays l’autorité nécessaire à la rémission de l’anarchie due à l’individualisme des caudillos, véritables gouverneurs féodaux instituant leurs lois et leurs forces armées provinciales. Mais pourquoi faudrait-il toujours user de la violence pour réduire l’anarchie ; chancre de rupture sociétale contre toute coercition populaire, quoique seul argument de la rue pour restaurer les libertés ? Juan Bautista Alberdi, activiste-révolutionnaire, écrivain et juriste durant ses années estudiantines, fut l’essayiste persifleur le plus virulent à ses heures révolutionnaires, puis corédacteur de la Constitution argentine. Quoique de l’anarchie, dont il se servit pour s’exprimer, c’est en grand seigneur sur le tard qu’il convenu de la nécessité tyrannique ! ***

Ainsi en va-t-il de certaines manifestations de violence populaire, dont les instigateurs cherchent à abattre l’ordre républicain, dont les lois délibératives votées au Parlement. Même si ces démonstrations de force retiennent des revendications légitimes, elles sont systématiquement relayées aujourd’hui par des appels à la razzia depuis les réseaux sociaux qui exhortent les casseurs et les pyromanes délinquants des citées péri-urbaines, en particulier s’agissant des antinationaux islamiques. La licence de la masse, toujours selon Cicéron, invalide la gestion légitime de l’État ; un processus démocratique qui lui semble trop complexe et inaccessible.
Pour l’Abbé Emmanuel-Joseph Sieyès*, l’un des principaux promoteurs de la Constitution française dans son préambule des Droits de l’homme et du citoyen, « La grande majorité des Français n’a pas assez d’instruction, ni assez de loisir pour vouloir s’occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ». Mais en république, la classe plébiscitée des augustes, émanation électorale du peuple, doit gouverner dans l’intérêt des gouvernés et non pour le leur ! Doit-on comprendre que tout parangon politique est fatalement promis à la corruption, voire avec l’usure du temps et du pouvoir, à décliner son devoir, sinon à se retourner contre le peuple qui l’a porté au pinacle ? La sédition des gilets jaunes 2018/2019, puis ce qu’il en subsista après, n’est-elle pas l’éclatante illustration d’une réponse populaire ?
Ironie qui frise le mépris – cependant une logique empreinte d’un certain bon sens – dans l’esprit de cet illustre fondateur de la République, il ne saurait y avoir de démocratie directe ou de peuple souverain dans un pays où les libertés seraient tellement débridées qu’elles seraient livrées à l’anarchie. Ce pourquoi les élus se dissocient du « bas peuple », jadis la plèbe, le tiers-état ou le « peuple d’en bas » selon Jack London, pour se donner les moyens de gouverner en marge d’une démocratie délibérative trop contrastée, voire individualiste donc défavorable à l’intérêt collectif. En l’occurrence, les débats contradictoires devraient se dérouler dans une sérénité dûment ordonnancée et les lois rédigées par l’expression populaire, cela sous le seul arbitrage balisé des élus impliqués dans la direction des affaires publiques.
Mais dans les faits, le peuple se trouve ipso facto évincé de toute prise de décision tendue le concernant. Dès lors, il n’est que très rarement sollicité par référendum entre deux élections, alors que cette interface de consultation directe suppose l’émanation du pouvoir populaire (RIP : Référendum d’initiative populaire). Les grands électeurs préfèrent se réunir en Congrès lors de décisions clés. En poussant le curseur un peu plus loin, le citoyen stipendiaire de celui qu’il a élu peut se voir vilipendé pour délit d’opinion, parce que le modèle qu’il croit avoir choisi en regard de ses promesses de campagne, s’écarte de la doctrine qu’il avait présenté, oubliant moult promesses prodiguées, ou prétextant que la situation trouvée sur le terrain ne lui permettait pas de les honorer. Manquer à ce point d’anticipation frise la forfaiture, la duplicité.
A contrario, de l’aveu de Platon dans La République, le philosophe pense que le gouvernement de la cité doit être confié aux citoyens les plus vertueux. La principale règle qui se dégage de son œuvre explicite l’incompatibilité du pouvoir avec ceux qui cherchent gloire ou fortune, pour écarter les risques de corruption des gouvernants. L’historien grec Polybe, né deux siècles avant J.-C., explique la décadence des institutions par l’épiphénomène de l’anacyclose : une succession de régimes politiques défaillants. Transposé au XXIe siècle, nous pourrions associer cette dégénérescence de la gouvernance politique, à l’oligarchie réinventée par la démocratie représentative coupée de sa base ; celle qui hait la voie référendaire et craint le suffrage universel. À cette chute des valeurs sociales, s’ajoute le cumul des mandats politiques qui, en faisant croire aux électeurs que ces élus exercent partout – en fait nulle part à plein temps, – induit cupidité et fatuité par le grappillage de revenus extorqués aux contribuables. Que sommes-nous loin de l’époque où le Général De Gaulle payait sa note d’électricité dans son appartement à l’Élysée !

Daniel Desurvire


Ancien directeur du Centre d’Étude juridique, économique et politique de Paris (CEJEP), correspondant de presse juridique et judiciaire. Daniel Desurvire est l’auteur de : « Le chaos culturel des civilisations » pointant du doigt les risques de fanatisme de certains cultes et de xénophobie de certaines civilisations, auxquels s’ajoutent les dangers du mal-être social, de la régression des valeurs morales et affectives ou de la médiocrité des productions culturelles, dont la polytoxicomanie en constitue l’un des corollaires. L’auteur choisit d’opposer le doute et le questionnement aux dérives dogmatiques et aux croyances délétères » (in, Les cahiers de Junius, tome III, “La culture situationniste et le trombinoscope de quelques intellectuels français” : Édilivre, 2016).


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Note *** Voir de l’auteur : « De l’esprit français sous la Révolution : un vécu outre-Atlantique sous l’influence de Juan Bautista Alberdi » : Les Petites Affiches n° 81 du 7 juillet 1989 (Droit et bicentenaire).

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4 commentaires

  1. Excellent article que j’attends chaque jeudi avec impatience. Merci M. Desurvire pour nous éclairer autant et aussi brillamment.

  2. Que peut-on faire dans un pays où les gens sont amorphes, drogués de télé, et acceptent finalement tout ? Plus rien !

  3. Comme vous l’écrivez « Mais dans les faits, le peuple se trouve ipso facto évincé de toute prise de décision tendue le concernant », la politique à l’heure des réseaux sociaux et de l’hyper information est restée « has been », n’a pas cherché à évoluer et les gouvernement s’en moquent de ce que le Peuple pourrait penser. Les politiciens vivent dans un cercle fermé et tout ce qu’ils font vise juste à assurer leur réélection.

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