[Une prof en France]
Virginie Fontcalel
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Le nouveau ministre et son cabinet : dans la tête du mammouth
[Une prof en France]
En milieu de semaine, j’écoutais tranquillement la radio en voiture quand, soudain, je subis un choc. La journaliste évoquait le nouveau ministre de l’Éducation nationale : Édouard Geffray. Comment ? J’étais passée à côté de l’information ? On nomme des gens et on ne me dit rien ? Embuée par l’alchimie obscure des nominations Lecornu 1 puis Lecornu 2, j’avais oublié qu’à chaque fois, on retournait la boule à neige et que tous les petits flocons tombants étaient autant de ministres entourés de leurs innombrables acolytes. Eh oui, cet inconnu qui est maintenant mon chef hiérarchique suprême a sous ses ordres une foultitude de cabinets Théodule et de bureaux aux prérogatives aussi redondantes que leurs intitulés sont ronflants. Inconnu ? Pas tout à fait, puisqu’il arpentait déjà les couloirs éducatifs depuis un moment. C’est donc le signe que rien ne changera et qu’on gardera le même cap, celui qui creuse le mur que l’on a heurté depuis longtemps déjà.
Les méandres du cabinet du ministre
En découvrant ce nouveau changement de tête, je m’inquiète et vais faire un tour sur le site du ministère. Et là, je reste perplexe. Je suis confrontée aux méandres de la novlangue administrative dont j’ai, je l’avoue, un peu perdu l’habitude à force de vivre dans le monde réel. Il a donc un « directeur du cabinet » et une « directrice adjointe du cabinet ». Vient ensuite une « cheffe de cabinet », elle-même assistée d’un « chef adjoint de cabinet ». L’ordre de présentation sur le site de l’État laisse penser que chef, c’est moins bien que directeur. Ce n’est pas intuitif, mais on valide. Ils sont donc déjà cinq « chefs » à la tête du bazar, entourés de plein de conseillers. Par exemple, Mme Boyard est « conseillère chargée du climat scolaire et des Valeurs de la République ». Mais que fait-elle donc que ne font pas, déjà, les membres du « Conseil des sages de la laïcité et des valeurs de la République » et les EAVR (équipes académiques valeurs de la République ), nos Akelas qui se réunissent sur le rocher du conseil pour défendre nos valeurs ? D’un autre côté, le Journal officiel portant nominations fait apparaître de jolis contes de Noël. Ainsi l’itinéraire de Sylvie Thirard nous montre comment, en gravissant patiemment les échelons dans cette immense et obscure toile d’araignée, on passe d’intendante d’un lycée de La Réunion à directrice adjointe du cabinet du ministre. Cela donnera de l’espoir aux agents administratifs qui ne savent pas trop quel sens donner à leur vie, et cela nous rappelle que pour tous ces postes dont on se demande comment ils occupent huit heures de travail cinq jours par semaine, il y a toujours des candidats, même quand le bateau coule.
Avec toutes ces nominations, on comprend la nécessaire existence d’un « bureau des cabinets », dont la fonction est de gérer les « dossiers des personnels affectés au Bureau des Cabinets (suivi des effectifs, suivi des congés, des congés maladies, des comptes épargne temps, demandes de badges, formations, contrats de travail, etc.) et des membres de cabinets ». Pas moins de dix personnes y travaillent, auxquelles s’ajoutent les indispensables « assistantes des ministres et membres des cabinets (tiens, pas de messieurs, à ces postes ?), huissiers, hôtes d’accueil, chauffeurs, coursiers et personnel d’entretien ».
Et la DGESCO ?
Sous le cabinet du ministre, il y a la fameuse DGESCO, la Direction générale de l’enseignement scolaire, qui pilote le Secrétariat général dont la mission est très claire : « Le secrétaire général dirige le secrétariat général du ministère de l’Éducation nationale, du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace et du ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative. Il assiste les ministres pour l’administration de leur ministère. » Mais tous ces gens n’arrivent pas, en réunissant leurs énergies, les énergies de plusieurs centaines de personnes tout de même, à élaborer des programmes ni à avoir une vision. Il leur faut, pour cela, l’aide du Conseil supérieur des programmes et du comité scientifique de l’éducation, qu’épaule sûrement parfois, pour autant que la masse de travail sous laquelle chacun est écrasé leur laisse le temps de communiquer, « l’Institut des hautes études de l’éducation et de la formation ». Tout cela se démultiplie à l’échelon académique, puis à l’échelon départemental. C’est vertigineux. Tandis que nos entreprises souffrent, il y a toujours plus de monde pour pousser sa gamelle dans l’un des bureaux de l’État.

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