« dysfonctionnements », qu’elle a dit, la ministre !
Par Thomas Bertin
« Dysfonctionnements », qu’elle a dit. Elle, c’est le nouveau ministre des Sports, des Jeux olympiques et paralympiques, Amélie Oudéa-Castera. Dans un communiqué publié dimanche, la nièce du journaliste Alain Duhamel a déclaré que « la priorité est désormais de cerner très précisément les dysfonctionnements avec l’UEFA, la Fédération française de football, le Stade de France, la préfecture de police de Paris, la préfecture de Seine-Saint-Denis et la mairie de Saint-Denis afin d’en tirer toutes les leçons pour éviter que de tels incidents se reproduisent pour nos futurs grands événements sportifs internationaux ».

C’est bien « dysfonctionnement ». En français de la rue, ça veut dire qu’on a merdé quelque part. Et « on », c’est personne. « Dysfonctionnement » : un mot qui ne doit pas être très ancien, car dans mon vieux dico (Petit Larousse illustré de 1974), ce n’est même pas dedans. C’était avant le fameux changement de paradigme, comme y disent.
Ce mot, avec l’esprit d’escalier qui nous caractérise, n’est d’ailleurs pas sans rappeler ce dialogue entre le brigadier Béral (Jacques Villeret), l’adjudant Mahuzard (Michel Constantin), le légionnaire Boissier (Michel Creton) et le sergent Augagneur (Jean-Paul Belmondo) dans le film Les Morfalous. Ah bon ? Si, si, vous allez voir.
Béral : « Si vous voulez tout savoir, j’étais sur le point d’être évacué alors… »
Mahuzard : « Évacué, tiens donc. Et pourquoi ? »
Béral : « Ben euh… Je vais sans arrêt, mon adjudant. »
Mahuzard : « Tu vas où ? »
Béral : « Ben aux… J’crois qu’c’est la dysenterie. »
Boissier : « Pourquoi t’appelles pas ça la chiasse ? »
Augagneur : « Ah, parce que la chiasse ça veut dire la courante, ça veut dire la pétoche. La dysentrie, c’est technique, c’est dans les manuels. »
Pour les « incidents » du Stade de France, finalement, c’est un peu pareil : un dysfonctionnement, c’est technique, c’est dans les manuels qu’on a étudiés sur les bancs de l’ENA et de Science Po. Surtout si on a la pétoche… Et puis, quand c’est technique, in fine, pas de responsables et encore moins de coupables. Le dysfonctionnement, c’est drôlement pratique, une fois qu’on sait que ça s’écrit avec un « y » et pas un « i ».
Donc, on va « cerner » ces sacrés dysfonctionnements, qu’elle a dit, la ministre. « Dysfonctionnements, rendez-vous, vous êtes cernés ! » On voit d’ici la scène, la ministre au mégaphone, telle un commissaire de police avant l’assaut final. Une priorité, qu’elle a dit aussi. Non, pardon, LA priorité ! Une fois qu’on aura cerné ces fichus dysfonctionnements (pour cela, penser à créer une commission ad hoc avec tout plein de réunions, des PowerPoint et des viennoiseries pour la pause-café), on pourra peut-être commencer à envisager (ou envisager de commencer, c’est comme vous voulez) de cerner les voyous. Pardon, les « riverains », car c’est comme ça qu’on dit, y paraît. « Riverain », c’est moins technique que « dysfonctionnement », c’est plus convivial. Ça fait fête des voisins, règlement de copropriété et ramassage des ordures.
Thomas Bertin
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